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Faits divers

EN NOVEMBRE 1899, LE JEUNE “LEMARIÉ” AVAIT-IL TUÉ PAR AMOUR ?

Louis-Joseph Lemarié était ouvrier chaussonier, à Fougères. Au mois de novembre 1899, il comparaissait devant la cour d’assises de Rennes pour avoir assassiné une jeune fille qu’il fréquentait depuis quelque temps. Jeune homme à la figure “assez intelligente” et “même sympathique” selon le journaliste de l’Ouest Eclair, il passa le plus clair de son temps de l’audience derrière un mouchoir. Mais de quoi était-il accusé ?

En 1899, l’accusé entretenait depuis le mois de juin des relations intimes avec la jeune Victorine Labbé employée elle aussi à la fabrique de chaussures Cochet à Fougères. Rien ne semblait gâcher leur amour sauf que voilà les parents du jeune garçon s’opposaient au mariage des deux gens. Le 10 octobre 1899, les deux amoureux discutèrent longuement sur les moyens d’en finir avec la vie.

Le lendemain le 11 octobre,  tous les deux se rendirent au lieu-dit Saint-François, situé à 5 km de la ville, en forêt de Fougères. Ils restèrent l’un près de l’autre. “Puis la jeune fille se coucha sur le dos remis un tranchet à son amant et attendit pour recevoir le coup mortel”, écrit le journal Ouest-Eclair. Le jeune amant hésita, elle insista. Devant ces insistances Louis-Joseph porta un violent coup au cœur tuant sa promise en une seule fois. Puis il retourna l’arme contre sa poitrine mais se fit une blessure sans gravité. “En tombant, il se fit accidentellement une autre blessure insignifiante au cou.” Revenu à lui et sans doute pris de remords, il alla raconter son histoire à un ami sabotier et se livrer à la justice.

                                                   Elle était enceinte

“Si le jeune Victorine paraissait aimer passionnément l’accusé, l’accusé semblait avoir été beaucoup plus froid à son égard”, révélèrent les enquêteurs. “On pouvait même se demander si cette tentative amoureuse près d’une autre jeune femme n’avait point une large part dans l’intention de la victime de ce drame d’en finir avec la vie.”

À l’audience, le jeune accusé reconnut le coup mortel. Il reconnut même que sa promise était enceinte et que c’est sans doute pour cela que le mariage était jugé impossible par sa famille. Devant son geste, le président livra une touchante exhortation. “Votre vie ne sera pas assez longue si avancée que puisse être votre vieillesse pour expier dans les larmes l’horrible forfait dont la justice demande compte aujourd’hui.”

                                                  Pas d’excuse pour l’avocat général

Au moment des débats, l’avocat général ne retint pas l’excuse invoquée par la défense : la disparition du libre arbitre et le contrat passé entre le meurtrier et sa victime. Contre les réquisitions, l’avocat de l’accusé maître Hamard fit une plaidoirie réellement émouvante, “amenant les larmes aux yeux de plus d’un auditeur”. Il demanda tout bonnement l’acquittement. “C’est une idylle. Ces deux jeunes gens ne réunissant pas 40 années ont décidé de mourir ensemble en pleine forêt à la face du ciel !” Malgré la plaidoirie, le jury condamna Lemarié à cinq ans de réclusion. Un recours en grâce fut toutefois  demandé par le jury en faveur du jeune homme qui n’avait pas atteint sa 20e. 

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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