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JOUEUR DU SCO ET DE RENNES, MARCEL LONCLE AVAIT L’ELEGANCE DES FORTES TETES

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Ce soir, le SCO d’Angers affronte le Stade Rennais. L’occasion de se souvenir d’un joueur de talent, Marcel Loncle qui joua dans les deux clubs. Il fut l’un des joueurs le plus talentueux de sa génération. Sous les couleurs rennaises, il gagna la coupe de France en 1965.

Dans la grande cité malouine, Marcel Loncle naît par un froid hiver de 1936, année du Front populaire et des congés payés. Dans sa famille, on est sportifs de père en fils. Son grand-père fut cycliste, son oncle champion de Bretagne de course à pied et son père footballeur. Comme son père, il choisit le ballon rond, les crampons et le poste d’ailier gauche.

Sur les terrains malouins , le petit Marcel trouve vite les filets des cages adverses. “C’était un plaisir de le voir jouer,” indique un de ses proches. “Il avait une santé de fer. Il était partout à la fois.” A ses débuts, le jeune Loncle forme la paire avec son ami, Lambert. Il dira même beaucoup plus tard : “Entre nous deux, on avait du mal à dire qui était l’allier et qui était l’inter.”

Vite repéré par son élégance, sa rapidité et son jeu de tête, Marcel Loncle rejoint le SCO d’Angers en 1956 où il ne signe pas de contrat professionnel, tenant à rester sous statut amateur. Vite intégré sur les bords de Loire, il réalise une bonne saison, mais perd le 26 mai 1957 une finale de coupe de France contre Toulouse sur le score de 6 à 3.

Retour chez les amateurs

En 1959, coup de théâtre, Marcel Loncle quitte le SCO pour rejoindre l’US Saint-Malo et ses amateurs. “A vingt-trois ans, écrit le Miroir du Football, le 4 avril 1960, Marcel Loncle a volontairement abandonné le football professionnel. Lui, le titulaire indiscuté du S.C.O. Angers. Lui, le sociétaire à part entière de l’Equipe de France Amateurs. Lui, le stagiaire dont le talent avait forcé les portes de l’Equipe de France militaire, celles des “Espoirs”. Lui, dont il fut question à maintes reprises pour l’équipe de France — tout court. Lui, si richement doué, à l’âge de l’ambition, à l’orée de la consécration suprême ; en un mot, lui, l’avenir, brusquement, sans crier “gare”, dit “adieu” à la gloire, renonce au rêve de tous les jeunes footballeurs, se relègue en Division d’honneur.”

Mais par quel mystère une vedette choisit-elle l’anonymat ? Marcel Loncle s’en explique alors devant les journalistes. “Je suis appelé à prendre la succession de mon père qui dirige un atelier de construction métallique. Certes, j’aurais pu reculer ce moment — mon père voulait que je continue cette saison encore au S.C.O. — mais d’un point de vue strictement football, je dois avouer que l’an dernier, j’ai été écœuré. Je jouais dégoûté. Je ne m’amusais plus. J’accomplissais une corvée. Aussi n’ai-je pas hésité à partir.”

En cette fin des années cinquante, le jeune homme grand, blond et au nez camus retrouve ses copains de la cité corsaire. Heureusement, l’escapade malouine est de courte durée. En 1960, il retourne sur les bords du Maine pour deux saisons puis dispute la triste aventure française des Jeux Olympiques. Le 1er septembre 1960, dans la capitale italienne, lui et ses coéquipiers perdent contre la Hongrie sur le score de 7 à 0. Heureusement, quelques jours plus tôt, ils avaient sauvé l’honneur, en battant le Pérou sur le score de 2 à 1.

Sélectionné en équipe de France

En 1962, le jeune ailier rejoint la capitale bretonne et… épouse Françoise Girard, la fille du président du Stade Rennais. A Rennes, il retrouve comme entraîneur Antoine Cuissard, qui fut comme lui l’un des seuls amateurs français à disputer un match en équipe de France. Sous le maillot rouge et noir, Marcel Loncle joue son premier match contre Nancy, le 17 août, lors de la première journée du championnat (2-2). Dès lors, le jeune Marcel Loncle devient un titulaire indiscutable de la formation bretonne, aux côtés du Lorientais Yvon Goujon et d’Alain Jubert en attaque.

Dans son club, Marcel Loncle fait l’unanimité. Durant sa première saison, il dispute 38 matches en division 1, 2 en Coupe de France et 2 en coupe Drago. Au total, tout au long de sa carrière rennaise, il prendra part à 137 matchs et inscrira 33 buts. Considéré comme l’un des meilleurs joueurs des années soixante ans, il emmène intelligemment l’attaque rennaise au plus haut de ses capacités (67 buts rennais durant la seule saison 1964-1965 juste devant Nantes).

Terminant quatrième du championnat 1964-1965, Marcel Loncle connaît une autre grande joie cette année-là. Le 24 mars 1965, au parc des Princes, devant 24 206 spectateurs, le Rennais est sélectionné en équipe A avec son coéquipier Daniel Rodigherio en match amical contre l’Autriche. Les Français, menés par le Lyonnais Jean Djorkaeff, s’inclinent sur le score de 2 à 1. Mais Marcel Loncle ne démérite pas contre les Autrichiens. Sur un des coups francs du Malouin à la 28e, l’ailier gauche Gérard Hausser marque d’ailleurs le seul but français.

De nouveau sélectionné par Henri Guérin (lui-même ancien entraîneur du Stade Rennais), Marcel Loncle retrouve le maillot bleu le 18 avril 1965 contre la Yougoslavie dans la phase qualificative de la coupe du monde, à Belgrade. Les Français perdent contre les Yougoslaves sur le score de 1 à 0 (but de Galic à la 59e minute). Cette fois-ci, il est le seul sélectionné rennais aux côtés de Georges Lech, Jean Djorkaeff, Robert Herbin, le Nantais Jacques Simon et les autres.

Malgré son intelligence de jeu, Marcel Loncle ne retrouvera jamais les couleurs françaises. Il faut dire que le Malouin eut la maladresse de déclarer au micro des journalistes, juste après la rencontre contre les Yougoslaves. “Je n’ai pas la classe internationale.” Ce qui fit dire au journal L’Equipe : “C’est beau la modestie, mais elle doit refléter la réalité et non pas couvrir les vrais responsables de l’échec de Belgrade. Si Loncle avait pu jouer en Yougoslavie comme dans son club, il eût fait un grand match.”

Un liesse comparable à celle de la Libération

Marcel Loncle se console bien vite par une victoire en coupe de France. Incontestablement, il est l’homme de cette finale jouée en deux fois. Lors du premier match (2-2), le 23 mai 1965, il envoie un beau ballon sur la tête de Rodighiero qui égalise et remet les compteurs à zéro. Puis, lors de la deuxième finale, le 27 mai 1965, il permet à Rodighiero (encore lui) de marquer à la 47e minute et il inscrit lui-même un but à la 77e minute (score final : 3 à 1 avec un penalty de Rodi à la 86e minute).

Dans le stade, les supporteurs rennais (10 000 Bretons sur les 27 000 spectateurs) exultent et applaudissent le métronome Marcel Loncle. Pour la première fois, le Stade Rennais ramène chez lui la précieuse coupe et fait la une de Paris-Match. A Rennes, les habitants fêtent en grande pompe la victoire de leurs joueurs. Devant une foule nombreuse amassée place de l’Hôtel de Ville, Marcel Loncle et sa bande brandissent la coupe au balcon de la mairie. Le maire rennais de l’époque, Henri Fréville, y va même de sa petite phrase historique : “L’ambiance que nous vivons aujourd’hui me rappelle celle de la Libération.”

Débutant la saison 1965-1966, Marcel Loncle joue encore quelques matches contre Valenciennes, Lyon, Angers (son ancien club), Red Star, Reims et Lens. Mais contre toute attente, il quitte les terrains professionnels en 1966. Adulé par les foules, le trentenaire tire sa révérence, abandonnant pour la deuxième fois en quelques années le foot de haut niveau. Le coeur n’y est sans doute plus.

En mai 1966, le Breton retourne dans son club d’origine où il reste jusqu’en 1969. On le reverra tout de même sur les pelouses du Stade Rennais par deux fois, lors de deux matches d’exhibition en avril 1967 contre la Pologne et en mars 1968 contre l’URSS. Il achève sa carrière de footballeur dans le petit club de l’AS Jacques-Cartier Paramé en 1972.

Un joueur d’une élégance rare

A ne pas douter, Marcel Loncle était un joueur hors du commun. Comme le dit le journaliste Jean-Paul Olivier, dans L’aventure du football en Bretagne (éditions Palantines), il faut l’avoir vu “évoluer pour se rendre compte de l’énorme dimension du personnage.” Passé à côté d’un grand destin, il a marqué l’histoire du Stade Rennais par son élégance, son caractère trempé, son côté mutin et son physique de jeune premier. Il fut surtout le défenseur du beau jeu et d’un certain football. “Pour moi, on doit prendre plaisir à jouer, expliquait-il au Miroir du football. Voyez-vous, j’ai une conception du jeu bien arrêtée : conserver le ballon, le faire courir et éviter au maximum des risques de pertes en usant du retrait. Je suis pour la construction à 100 %, pour un football de démarquage où l’on progresse à 2 ou 3. Ainsi, me semble-t-il, peut-on créer ce fameux “trou”. Comment imager ma pensée ? Tenez, si vous préférez, je verrais très bien appliqué au football le principe du basket : si une attaque bute dans les 18 mètres sur une défense hermétique, on revient en arrière, on repart à zéro. En fait, je suis pour le jeu des Rémois.” La talentueux Marcel Loncle est aujourd’hui retiré dans la région malouine où il coule une paisible retraite. On dit qu’il se rend souvent au stade pour les matches de l’équipe locale.

Un caractère trempé

En septembre 1962, Marcel Loncle est sélectionné pour jouer contre l’Angleterre en match de préparation aux qualifications du championnat d’Europe. Mais contre toute attente, le Valenciennois Joseph Bonnel est préféré au dernier moment. Un an plus lard, le jeune homme s’en souviendra…Retenu pour un stage à Rueil-Malmaison en vue d’un autre match qualificatif, il dira non au sélectionneur Georges Verriest. Il prétextera alors des obligations professionnelles. Pour cet acte de révolte, les autorités lui feront payer le prix fort : quinze jours de suspension !

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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