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Justice

RENNES : LE DERNIER CONDAMNE ETAIT BEAU, HOMO, DANDY ET INSPIRA JEAN GENET

Il s’appelait Maurice Pilorge. Il était né à Saint-Malo, en 1914. Elevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 9 ans, il est confié à sa mère remariée. Mais le gamin a déjà l’esprit du mal en lui…Il tue des poules, des lapins et perce des tonneaux d’eau de locomotives. Pas de quoi le conduire en taule…mais de bonnes raisons pour énerver sa mère qui obtient son placement dans une ferme de la Creuse.

Dans « le trou du cul » de la France, il commet des vols à répétition qui l’amènent cette fois-ci en prison puis dans une maison de correction à Tours. Maurice n’y est pas bien du tout et visiblement pas du tout calmé. Il s’enfuit avant d’être repris et de se retrouver dans une maison d’éducation surveillée de Belle-Ile en mer.

Transféré au centre d’Eysses (Villeneuve sur Lot), Maurice se calme. Il est ensuite incorporé dans un bataillon cantonné en Afrique où le petit gars de Saint-Malo se comporte plutôt bien. Mais de retour en France, au 129e régiment d’infanterie du Havre, il repart en « cacahuète ». Il passe 118 jours au trou sur huit mois.

Il égorge son petit ami mexicain avec un rasoir

En juillet 1938, il prend la poudre d’escampette. Adieu le treillis…Il devient cambrioleur à Deauville où il visite les villas cossues. Puis direction la capitale où il vit une vie de débauché. Le dandy y rencontre un certain Nestor Mendizabal, prostitué, proxénète et homosexuel. Les deux comparses sympathisent…

Le 26 juillet 1938, Maurice s’installe à Dinard où il vole 400 francs et quelques bijoux dans une belle demeure. Le 1er août, Nestor rejoint son amant. Mais cinq jours plus tard, après avoir dansé la rumba, les deux tourtereaux se battent violemment devant le casino. Maurice égorge Nestor avec un rasoir…Interpellé et emprisonné à Saint-Malo, le dandy s’évade mais l’échappée belle se termine le 3 novembre, lors d’une arrestation mouvementée. L’un des gendarmes est en effet blessé grièvement.

Devant les juges rennais, en novembre 1938, Maurice fait le fiérot. Défendu par un ténor du barreau, maître Bourdon, il n’échappe pas à la peine capitale. Il a eu le tort de ne rien regretter…et de demander au président de la République lui-même de ne pas retarder son exécution ! Le 3 février 1939, Maurice Pilorge est exécuté en public devant la prison de Rennes, boulevard Jacques Cartier. Ironie du sort, son bourreau Antoine Deibler avait, l’avant veille, succombé à une crise cardiaque en prenant le train à la gare Montparnasse ! Il fut remplacé au pied levé par un certain Jules Henri des Fourneaux.

“Si vous êtes pressé, prenez ma place, voulez-vous !”

Pour ceux qui aiment le sordide, le journal L’œuvre raconta de long en large son exécution dans son édition du 5 février 1939. Sous le titre Maurice Pilorge a payé sa dette avec le sourire. « Maurice Pilorge meurtrier du Mexicain Escudero, le 5 août dernier, à Dinard, est mort hier, à Rennes, avec humour, sérénité et un certain détachement., » écrit le journal. Mais on doit reconnaître qu’il a su garder sa tête jusqu’au bout… …Exactement jusqu’au moment fatal où M. Desfourneaux, l’habituel collaborateur de feu Deibler, la lui a tranchée. »

Le journal donna moult détails sur ses dernières heures. « Pilorge accueillit la nouvelle de son exécution imminente en déclarant avec philosophie : Après tout, on ne meurt qu’une fois… » Puis le condamné se rendit à la chapelle coiffé d’un chapeau de gendarme en papier… “Après avoir entendu la messe et communié, sérieusement, le condamné fut conduit au greffe où il demanda une seconde fois son petit déjeuner : Un grand bol de lait chaud, précisa-t-il, avec du rhum. »

Comme le bourreau le pressait, Maurice lui répliqua : « Si vous êtes pressé, prenez ma place, voulez-vous ? » Puis une dernière fois, il s’adressa à son avocat. « Maître, je vous donne ma montre-bracelet. Vous pouvez la porter sans crainte d’être contaminé et merci pour tout ce que vous avez fait pour moi. Vous méritiez un meilleur client.

A 6 h 45, Maurice Pilorge fut exécuté. « Qu’il s’agisse de crânerie, de forfanterie ou d’inconscience, Maurice Pilorge a fait preuve, de toute évidence, devant la mort, d’une certaine élégance et d’un humour que nous ne nous défendons pas d’admirer. Il a su donner au châtiment suprême un petit ton léger, gai, spirituel, enjoué, auquel on n’était pas habitué. L’homme, certainement, valait mieux que sa destinée. Dommage… Enfin… c’est la vie. »

“Salut, Jeannot du matin !”

La mort de Maurice Pilorge aurait inspiré le grand poète Jean Genet auquel il lui aurait dédié son poème Le dernier condamné à Mort. « J’ai dédié ce poème à la mémoire de mon ami Maurice Pilorge, dont le corps et le visage radieux hantent mes nuits sans sommeil (..), écrit l’écrivain. Pour moi qui l’ai connu et qui l’ai aimé, je veux ici le plus doucement possible tendrement, affirmer qu’il fut digne par la double et unique splendeur de son âme et de son corps d’avoir le bénéfice d’une telle mort. Chaque matin quand j’allais (…) de ma cellule à la sienne, pour lui porter quelques cigarettes, levé tôt il fredonnait et me saluait ainsi, en souriant. « Salut Jeannot du matin ! »

Sauf que voilà…Jean Genet aurait un peu enjolivé la vérité. Il n’aurait jamais rencontré Maurice. « Leurs itinéraires se sont croisés, notamment à la maison de correction de Mettray (Indre-et-Loire) où ils ont tous deux séjourné, mais rien n’atteste qu’ils s’y soient effectivement rencontrés, rapportait Eric Solis, dans le journal Libération De même, il semble que leurs séjours en prison ne coïncident pas. »

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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