L’incendie géant qui ravage la Gironde depuis trois jours continue de progresser inlassablement, obligeant les autorités à élargir les zones d’évacuation. Devant le danger, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a ordonné, « de manière préventive », l’évacuation de plusieurs communes situées aux portes de Bordeaux, dont Saint-Médard-en-Jalles, Le Haillan, Saint-Jean-d’Illac, Martignas-sur-Jalles et Saint-Aubin-de-Médoc. Des secteurs de Mérignac et d’Eysines, au-delà de la rocade bordelaise; sont également concernés, tandis que les habitants de Marcheprime ont été invités à quitter leur commune dans la soirée.
Le bilan est désormais exceptionnel. Selon le ministère de l’Intérieur, 167 000 personnes ont été évacuées en Gironde depuis le début de la crise, ce qui constitue l’une des plus vastes opérations de ce type jamais organisées en France. Les flammes ont déjà parcouru plus de 32 700 hectares de végétation. Face à cette catastrophe, les moyens sont encore renforcés. À l’issue d’une cellule interministérielle de crise, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé que les effectifs militaires engagés en appui des sapeurs-pompiers passeraient de 500 à 1 500 afin de soutenir les opérations en Gironde et dans les Landes.
Au-delà des évacuations, les incendies désorganisent également les transports dans tout le sud-ouest. Les liaisons ferroviaires vers Bordeaux sont fortement perturbées, laissant de nombreux voyageurs dans l’incertitude. Parmi eux, un Rennais de 17 ans qui terminait une semaine de marche sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle avec son père et son frère. Parti d’Ostabat tout seul, il avait rejoint au petit matin Saint-Jean-Pied-de-Port avant de prendre un train pour Bayonne. Tout était prévu : un TGV devait ensuite le conduire ce mztin vers Paris, où une correspondance lui permettait de rejoindre Grenoble aux alentours de 17 heures pour achever ses vacances avec ses amis.
Mais à son arrivée à Bayonne, le voyage bascule. Son train de 10 heures est annulé en raison des incendies. Les autres solutions ferroviaires sont rapidement saturées. À Rennes, Ses parents cherchent alors, dans l’urgence, une alternative. Hors de question de laisser le jeune homme seul dans une gare où les voyageurs s’accumulent au fil des suppressions de trains.
Après quelques minutes de recherches, une solution de secours est finalement trouvée. Le jeune Rennais embarque dans un FlixBus en direction de Bordeaux. De là, il doit prendre un second autocar jusqu’à Clermont-Ferrand, avant de poursuivre son voyage vers Grenoble. Si aucun nouvel aléa ne vient compliquer son itinéraire, il devrait arriver vers 23 heures, soit près de six heures après l’horaire initialement prévu. « Je prends cela avec beaucoup de philosophie, » relativise le jeune homme. « Je pense surtout aux victimes. »
Cette mésaventure met en lumière la fragilité du réseau de transport français lorsqu’un axe majeur est interrompu. Les grandes lignes demeurent très concentrées autour de quelques corridors, rendant les itinéraires de substitution difficiles lorsqu’un secteur entier est paralysé. À l’inverse, des pays comme la Suisse disposent d’un maillage ferroviaire beaucoup plus dense, offrant davantage de possibilités de contournement en cas d’événement exceptionnel. Les incendies qui frappent aujourd’hui la Gironde en apportent une illustration.


