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Ces bâtiments rennais disparus quand une tour médiévale gardait l’entrée de Rennes

Les milliers de piétons qui empruntent chaque jour le quai Duguay-Trouin ignorent qu’ils passent à l’emplacement d’une véritable forteresse. Là où circulent aujourd’hui bus et vélos se dressait autrefois l’une des principales portes de Rennes, défendue par une imposante tour médiévale qui surveillait l’entrée de la ville et le passage sur la Vilaine. Dans son ouvrage Le Vieux Rennes, publié au début du XXᵉ siècle, l’historien rennais Paul Banéat (1856-1942) fait revivre ce secteur aujourd’hui totalement transformé. Les quais n’existent pas encore. La Vilaine coule à ciel ouvert, les remparts bordent la rivière et plusieurs tours protègent les accès de la cité.

Parmi elles figure la tour d’Apigné, que Banéat décrit avec précision. Elle est d’abord connue sous le nom de tour de Vilaine ou encore tour des Moulins, en raison des moulins installés à proximité de la rivière. Au XVIᵉ siècle, elle prend le nom de tour d’Apigné, après avoir appartenu aux vicomtes du même nom. Quelques décennies plus tard, elle passe entre plusieurs propriétaires avant d’être démolie lors de la construction du quai.

« Elle était couronnée par une rangée de mâchicoulis », écrit Banéat. On imagine sans peine cette haute tour de pierre dominant la rivière, prête à défendre la ville en cas d’attaque. Les croquis du peintre Lorette, reproduits dans les Souvenirs de Rennes, montrent encore cette silhouette massive qui marquait autrefois l’entrée occidentale de la cité.

À quelques mètres seulement se trouvait la porte de Vilaine, appelée plus tard porte de la Juiverie. Construite au milieu du XVe siècle, elle remplaçait une porte plus ancienne et commandait le passage vers les quartiers de la Poissonnerie et de la rue des Juifs. Devant elle passaient déjà les voyageurs, les marchands et les charrettes qui entraient dans Rennes.

Le paysage était bien différent de celui d’aujourd’hui. À l’emplacement du quai Duguay-Trouin coulait alors la Vilaine, bordée de quais étroits, de maisons et d’ouvrages militaires. En face de l’actuel escalier du Cartage se dressait la maison de la Grande-Porte, dont la cave conservait encore, du temps de Paul Banéat, un fragment de la muraille gallo-romaine. Plus loin subsistait une petite chapelle du XVe siècle, adossée aux anciens remparts, détruite en 1925.

Mais ce sont surtout les moulins qui animaient ce quartier. Banéat rappelle que deux grands moulins fonctionnaient directement dans le lit de la Vilaine. D’abord appelés moulins de la Porte, puis moulins de la Poissonnerie, ils avaient été donnés dès 1032 à l’abbaye Saint-Georges par le duc Alain III. Pendant près de huit siècles, leurs roues tournèrent au rythme du courant, alimentant une partie de Rennes en farine. Ils disparurent eux aussi lors de l’aménagement du quai.

Les travaux menés au XIXᵉ siècle bouleversent complètement le secteur. La Vilaine est canalisée, les quais sont aménagés, les remparts sont démolis et les anciennes portes disparaissent les unes après les autres. Le quai prend finalement le nom de Duguay-Trouin, en hommage au célèbre corsaire malouin, offrant un visage moderne à un quartier dont les origines médiévales deviennent peu à peu invisibles. Aujourd’hui, rien ou presque ne permet de deviner qu’une forteresse gardait autrefois cet accès à Rennes. Pourtant, sous les trottoirs et les chaussées du quai Duguay-Trouin reposent encore des vestiges de cette ville fortifiée qui contrôlait autrefois la navigation sur la Vilaine.

 

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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