Le dossier du pont Papu est revenu ce lundi 26 janvier, en conseil municipal. « Cet ouvrage, construit en 1949, va être démoli durant l’été 2026 », a souligné Marc Hervé, adjoint au maire. « Il sera remplacé par une passerelle. Il sera financé par Rennes Métropole afin de restituer la liaison interquartiers pour les mobilités actives, piétons et cycles. »
Cette passerelle, d’une longueur de 38,20 mètres et d’une largeur utile de 5 mètres, comprendra un double sens vélo et un double sens piéton. Elle sera accompagnée d’un aménagement paysager des abords, incluant « la désimperméabilisation et la végétalisation » ainsi que « la plantation d’arbres d’alignement dans l’axe de la rue Papu ». Le coût prévisionnel est annoncé à « 1 642 000 euros TTC », dont « 226 000 euros TTC » à la charge de la Ville, avec une livraison prévue « fin 2028 ».
Charles Compagnon, pour l’opposition, a immédiatement replacé le dossier dans une lecture politique plus large. Il a livré une critique frontale. « Cette passerelle est en fait assez emblématique de la manière dont la majorité a gouverné Rennes pendant tout le mandat : le laisser-faire, la contrainte et la solution au rabais. Depuis 1992, le pont faisait l’objet d’alertes sur sa situation. Depuis plus de trente ans, les diagnostics se sont succédé, la corrosion a progressé jusqu’à une interdiction totale. Résultat : en 2023, on découvre qu’il faut détruire l’ouvrage, non pas à cause d’un événement exceptionnel, mais pour défaut de maintenance et mauvais entretien. »
Dans cette affaire, Charles Compagnon accuse la ville d’avoir quelque train dans ce dossier. « La mairie n’a rien prévu, n’a rien anticipé, et le pont a couru à sa perte. » Un constat amer qu’il étend à d’autres sites : la dalle du Colombier ou encore celle de Sainte-Anne. « Partout, c’est le même scénario. Vous n’entretenez pas, vous laissez vieillir, et un jour vous expliquez que tout devient impossible. Malgré plus de 1 000 signatures réunies et un dossier argumenté des riverains, votre réponse est restée la même. »
Devant le conseil municipal, Charles Compagnon a ironisé sur l’annonce tardive de la construction de la passerelle. « Cette solution est a minima. Elle est proposée moins pour réparer une erreur que pour en limiter le coût politique. Si cette passerelle voit le jour, ce n’est pas grâce à la méthode de la majorité, c’est malgré elle. C’est dommage pour les Rennais et les Rennaises. En douze ans à la tête de la Ville, les élus de la majorité n’ont pas compris que les meilleures solutions ne viennent pas du bureau, mais du terrain. »
La qualité des bétons qui ont servi à la construction de ce pont-là n’était pas la bonne », a répliqué Marc Hervé.
Adjoint au maire chargé de l’urbanisme, Marc Hervé dénonce une « réécriture de l’histoire ». « En 2023, les passages piétons et cycles ont été fermés », rappelle-t-il. « Des rapports d’experts évoquaient l’imminence possible d’éléments susceptibles de mettre en péril les usagers du pont Papu (ouvrage hérité de 1949).» Toutefois, il regrette les accusations portées par Charles Compagnon. « La première réunion publique visait d’abord à expliquer la nécessité de la déconstruction », assure-t-il. Face à « une attente forte de la population », la municipalité dit avoir ajusté sa position à l’issue des échanges, en s’engageant à programmer une passerelle piétons-cycles.
Toujours est-il que le projet restait soumis à des contraintes techniques et à la hiérarchisation des investissements dans un contexte budgétaire contraint. « Nous avons eu besoin de temps et du financement de l’agglomération », précise Marc Hervé. « Dans ce type de dossier, il est essentiel de travailler avec la Métropole, les collègues, les services et les experts pour finaliser l’opération. » Pendant de longs mois, les riverains sont restés mobilisés pour faire pression sur les élus de la majorité. À la veille des élections municipales, ils ont finalement obtenu gain de cause (voir notre article).


