« Je me suis toujours demandé pourquoi ce nom-là », explique Corentin. Sur une sépulture, le patronyme de sa grand-mère, Immergout, intrigue Corentin Rouault depuis l’enfance. « Elle est décédée quand j’avais deux ans », précise-t-il. Mais dans la famille, les réponses restent délibérément floues. « On me disait seulement qu’on avait des origines juives polonaises… mais c’est tout. »
Tout bascule à la naissance de sa fille. « J’ai décidé de faire des recherches », raconte-t-il. Pendant quatre ans, il explore les archives de Rennes, Paris et Caen, échange avec des archivistes en Belgique, en Allemagne et en Pologne. « J’ai récupéré des documents en plusieurs langues, j’ai pu retracer vraiment toute leur histoire. »
Peu à peu, les pièces du puzzle révèlent un passé marqué par l’exil et la tragédie familiale. Venus de Pologne entre 1914 et 1919, ses arrière-grands-parents font partie de ces familles rattrapées par la Seconde Guerre mondiale. « Beaucoup ont été déportés… et personne n’est revenu. » Au total, seize aïeux sont identifiés parmi les victimes. Mais au-delà des chiffres, ce sont des visages qui réapparaissent de ce terrible passé. « J’ai retrouvé pas mal de photos… et mettre des clichés sur des noms, c’est incroyable. »
De cette enquête naît un livre, Le silence des absents, un ouvrage de 184 pages où l’histoire se mêle à un parcours personnel. Car écrire, pour Corentin Rouault, n’a rien d’évident. Atteint de dyslexie et de dysorthographie, il s’accroche pour raconter l’innommable. « Je suis suivi par une orthophoniste depuis quatre ans, cela m’a permis d’être à fond dans le projet. » Petit à petit, l’écriture devient une reconstruction. « J’ai mis quatre ans à coucher sur le papier cette histoire », dit-il simplement. « Une cousine retrouvée au fil de ses recherches m’a aidé pour les mises en page, les phrases… »
Ce livre révèle des trajectoires multiples, parfois contradictoires, toujours bouleversantes. « Certains ont été baptisés catholiques en 1943, d’autres sont descendus dans le sud en pensant être protégés… mais ont été arrêtés à la frontière espagnole. » Publié une première fois grâce à une campagne de dons, l’ouvrage trouve rapidement son public. « J’ai sorti 100 premiers exemplaires, puis un article a tout lancé. »
Aujourd’hui, il est soutenu par une structure éditoriale rennaise et disponible en librairie comme en médiathèque. Le 8 mai, il interviendra à Orgères après la cérémonie commémorative pour présenter son travail et prolonger cet engagement. Mais son parcours ne s’arrête pas là. Un voyage à Auschwitz est prévu. « Je m’attends à quelque chose de fort », reconnaît-il. En brisant le silence familial, en fouillant les archives et en écrivant, Corentin Rouault a redonné une place à ceux que l’Histoire avait effacés. « Mettre des photos sur des noms… c’est incroyable », répète-t-il. Le livre est disponible sur un site dédié


