Depuis la découverte de fragments de béton menaçant de se détacher de l’ouvrage, le pont Papu est totalement interdit à la circulation. Sa mise en sécurité, décidée le 27 octobre 2023, a depuis isolé les deux rives d’un quartier. « Depuis la fermeture, on vit comme sur deux îles », souffle une résidente. Face au silence de la mairie, les habitants se sont rapidement organisés en association. « Nous avons créé un collectif parce que rien ne bougeait », indique Véronique, l’une des membres.

Lors d’une réunion publique du 26 février, la ville a annoncé la déconstruction du pont pour l’été 2026, sans alternative pour la circulation. Elle ne proposait alors qu’une végétalisation des abords. « Il était question d’un cheminement piéton au bord de l’eau, mais à quoi bon si l’on ne peut pas traverser ? », s’interrogeait Véronique. Pour faire bouger les lignes, une lettre de protestation, accompagnée d’un dossier technique et substantiel, était rapidement envoyé à la mairie.
Une mobilisation vitale
Ce 25 juin, la ville de Rennes et ses adjoints (Marc Hervé, Valérie Faucheux) ont levé le voile sur un projet très attendu, lors d’une réunion à la maison de l’Avenir (portant bien son nom !). Ils proposent une passerelle piétonne et cyclable. Cet ouvrage de 5,5 m de large sera accessible aux passants et aux cycles. Il sera composé soit d’une structure en aluminium de type Warren ou soit en acier inspirée du pont du parc Saint-Cyr, avec réemploi des fondations existantes. L’ensemble du programme intégrera un traitement paysager des abords, avec alignements d’arbres et mobilier urbain. « Ce n’est qu’un photomontage, mais au moins, c’est un début de concrétisation », réagit un membre du collectif. « On nous a présenté un programme comme quelque chose qui était plus ou moins prévu ! Mais c’est quand même un retournement de situation. »
La déconstruction, annoncée pour 2026, précédera la préfabrication de la passerelle, dont la pose est attendue au printemps 2028. Le coût total de l’opération est estimé à 2,475 millions d’euros. « C’est un projet à retardement. Le pont est fermé depuis des mois, et l’on parle encore d’études », grince une riveraine. Malgré la nouvelle, les voisins restent toutefois prudents. Car la ville n’a pas cessé de répéter que ce choix aura des conséquences sur d’autres investissements. « Il faut que l’on continue et qu’on maintienne une pression pour que les choses avancent, si toutefois elles ont avancé autant qu’on le croit. » Naturellement, la proximité des élections suscite bien des soupçons. « On est à un an des échéances municipales », glisse une militante. « Est-ce une promesse de plus ? On jugera sur les actes. »


