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RAVE DE REDON : CE QUE DIT LA JUSTICE

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Le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc, a envoyé à la presse un long, très long document. Il est revenu sur les affrontements survenus dans la nuit du 18 au 19 juin 2021, en marge d’une d’une free party non-autorisée, à Redon, où un des participants a été gravement blessé à la main. Depuis cette nuit tragique, une enquête était confiée à la section de recherche de Rennes. « Les investigations se sont concentrés sur trois points principaux, à savoir  le dispositif de maintien de l’ordre ; les raisons des blessures du teufeur et les circonstances d’intervention des secours, » explique le magistrat.

Le 19 juillet 2021, la victime, par l’intermédiaire de son conseil, déposait plainte pour violence volontaire aggravée ayant entraîné une infirmité permanente et pour non-assistance à personne en danger.

Cette nuit-là, à partir de 20 h 15 le 18 juin 2021, les « teufeurs » commençaient à se rassembler sur le parking d’un supermarché à Redon (35). Pour empêcher l’accès des « fêtards » à l’hippodrome municipal de Redon, un dispositif important était mis en place sur la seule voie publique afin d’en assurer le blocage. Il voulait interdire « l’entrée dans un lieu non sécurisé et situé non loin d’un cours d’eau et d’un site classé SEVESO (usine de la société CARGILL qui stocke notamment des produits chimiques). » 

Les affrontements entre « teufeurs » (environ 1500) et gendarmes (quatre escadrons) commençaient le 18 juin 2021 à 23 h 50 et se prolongeaient dans une moindre mesure durant la journée. « D’après les investigations, explique le procureur, les forces de l’ordre devenaient la cible de provocations verbales et de jets de projectiles nombreux et dangereux (pierres, boules de pétanque, troncs d’arbres, cocktails Molotov, artifices). En riposte, ils avaient dès lors usé des armes. » 

24 gendarmes blessés et deux teufeurs

Le bilan des affrontements de cette nuit demeurait lourd. « Vingt-quatre gendarmes mobiles et deux manifestants étaient blessés, dont la personne atteinte à la main. » Au cours de la nuit, les « teufeurs » se regroupaient sur une propriété privée de plusieurs habitations et dépendances dans un hameau. Ils mettaient notamment le feu à une barricade afin d’empêcher l’action des forces de l’ordre. « Plusieurs barrages enflammés étaient par ailleurs installés par une cinquantaine de “teufeurs”. Leur présence conduisait les habitants de ce hameau (dont une dame seule âgée de 96 ans) à rester cloîtrés dans leur domicile pendant la durée des affrontements. » Vers 1 h 45, une trentaine de personnes parvenaient à contourner le dispositif mis en place par les gendarmes en franchissant une route permettant l’accès à l’hippodrome et en coupant des arbres et arbustes situés en lisière. « Elles se rendaient ainsi dans une prairie, à proximité du champ de courses (…). C’est à cet endroit que l’essentiel des affrontements avait lieu. »

Victime consciente, mais sous le choc

À’cet endroit, vers 2 h 42, le jeune homme était blessé à la main. Immédiatement, il était extrait du champ et accompagné vers le hameau où une « teufeuse » la conduisait dans son véhicule au centre hospitalier de Redon, où elle arrivait à 3 h 16. « Une demande de transfert au CH de Saint-Grégoire était par la suite effectuée, à 4 h 50, permettant à la victime une prise en charge à partir de 7 h dans cet établissement de soins. » L’homme était par la suite amputé. 

Mais quid des circonstances du drame ? « Juste devant moi, un jeune s’est penché. J’ai entendu une explosion. Et là, j’ai vu qu’il avait la main arrachéePour moi, il a ramassé quelque chose. Il n’a rien lancé », rapportait un teufeur. Bien que le positionnement exact de la victime dans le champ ne soit pas déterminé avec précision, l’analyse des vidéos réalisées par les escadrons de la gendarmerie mobile apportait des éléments sur la situation concrète des affrontements. « À 2 h 39, des grenades ont été jetées pour repousser des “teufeurs” hostiles qui avaient notamment envoyé sur elles un projectile incendiaire. À 2 h 42, à l’endroit où le blessé pouvait se trouver, des grenades étaient de nouveau déclenchées sur les “teufeurs” afin de les maintenir à distance. »

Une explosion

Depuis, l’enquête a confié une première expertise au département « environnement, incendie, explosifs » de l’institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN). Elle n’apportait pas d’éléments pouvant orienter la cause des blessures vers l’usage d’un engin explosif plutôt qu’un autre. Une seconde expertise était pratiquée par quatre experts. « Les lésions présentées sont liées à l’explosion, pratiquement au contact de la paume de la main droite, d’un agent de type grenade ayant entraîné un puissant effet de souffle sans brûlures. (…) L’ensemble de ces éléments est compatible avec l’hypothèse d’une mutilation survenue à un moment où la victime ramasse la lacrymogène instantanée GM2L, et que celle-ci lui explose dans la main. »

Un délai de secours bref

Autre problème révélé par un article de Médiapart du 30 juin 2021 : « la préfecture a empêché les pompiers de secourir les blessés ». Le journal faisait état notamment du témoignage anonyme d’un soldat du feu qui mettait en cause l’autorité préfectorale. « Les 7 auditions de sapeurs-pompiers, réalisées dans le cadre de l’enquête, n’ont pas permis pas de confirmer ces éléments. Ils n’ont reçu aucune directive (…). » La directrice de cabinet de la préfecture d’Ille-et-Vilaine contestait elle aussi toute directive visant à empêcher l’intervention des pompiers auprès des blessés, gendarmes comme « teufeurs ». « Le délai entre la survenance de la blessure et l’arrivée à l’hôpital peut être considéré comme “relativement bref […] compte tenu des indiscutables difficultés pour accéder aux secours présents sur les lieux des affrontements”. Sa prise en charge médicale par les différents services de soins était estimée comme “irréprochable, consciencieuse et parfaitement conforme aux règles de la bonne pratique médicale”.

Au regard de ces éléments, la plainte pour non-assistance à personne en danger a été classée sans suite par le parquet de Rennes. “Les circonstances d’intervention étaient particulièrement dangereuses. Elles rendaient complexe et risquée l’opération au plus proche des ‘teufeurs’, tant des secours que des forces de l’ordre”, précise le magistrat. “Le délai de prise en charge de la victime et les soins qui lui ont été apportés n’ont nullement détérioré sa situation médicale ou constitué une perte de chance”, ajoute le procureur. Même classement sans suite de la plainte pour violence volontaire aggravée ayant entraîné une infirmité permanente. “L’usage des armes par les forces de l’ordre s’est avéré nécessaire et proportionné (…). Les investigations démontrent en tout état de cause que cette grenade est arrivée au sol et que la victime s’en est volontairement emparée.” Que diront les teufeurs ? 

 

A propos de l'auteur

jean-christophe collet

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