Petite maroquinerie Rennes - CREATIONACC

CECI EST UN TEST 1
Actualités Patrimoine

EN 1933 : LES ÉTUDIANTS RENNAIS FAISAIENT AUSSI GRÈVE !

test2

Le 5 mai 1933, les étudiants rennais étaient dans la rue pour protester contre le décret suspendant le recrutement des fonctionnaires jusqu’en décembre 1933. Comme leurs camarades de Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg et Dijon, ils en réclamaient l’abrogation pure et simple sous l’égide d’un certain Lejeune, membre du comité des étudiants rennais. Retour sur cet évènement.

Un grand meeting au Palais Saint-Georges

Ce 5 mai 1933, à 10 h, un grand meeting eu lieu au Palais Saint-Georges en présence de carabins et autres coiffés du béret de velours décoré parfois d’nu ruban jaune, rouge ou violet. Fait étonnant, son service d’ordre n’était pas assuré par les manifestants eux-mêmes, mais par monsieur Courtial, commissaire de police et son collaborateur, Monsieur Chapdelaine. “Mais à aucun moment, les agents, en tenue ou en civil, n’eurent à intervenir”, précisait le journal Ouest-Éclair sous la plume du journaliste Yann Loranz. “Tout juste se bornèrent-ils à encadrer le défilé qui se déroula dans les rues sans incident.”

A 11 heures, la grande salle de réunion du Palais était pleine. “Les bancs étaient rapidement garnis et sur les rebords des fenêtres s’accrochaient des grappes d’étudiants”, écrivait le journal Ouest-Éclair. Parmi les manifestants, on reconnaissait un certain Chapel, président de la corporation de Droit, Sérandour, président du Notariat, Ters, président des Lettres, Rouault, président des Sciences, Floch, délégué de la Chirurgie dentaire, Guenou, délégué de la fac de médecine….

A bas Chéron

Ce jour-là, le proviseur du Lycée avait refusé aux élèves des classes des grandes écoles de se rendre à ce meeting, mais plusieurs avaient réussi à y venir quand même. Sur l’estrade prit place en leur nom, Monsieur Duros. A côté de lui, Lejeune, président de l’Assemblée générale, prit la parole sous les ovations. “Il termina sa harangue en réclamant encore le calme le plus complet durant toute la manifestation et demanda à ses camarades de ne se rendre ni aux cours, ni à la bibliothèque, durant toute la journée. Sa péroraison fut vigoureusement acclamée et des cris de “A bas Chéron” retentirent dans la salle.”

“Il ne sera pas dit », ajouta Chapel, que la jeune génération d’aujourd’hui ne sait pas agir. Nous aussi nous avons des droits. Nous aussi nous avons besoin de vivre. (…) C’est à nous force intellectuelle de la France de main qu’il appartient de protester lorsqu’on sabote nos droits et nos intérêts.” Puis, un certain Martin de l’Union fédérale des étudiants (qualifié par Ouest-Éclair de rouge) tenta de prendre la parole. “En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, l’étudiant révolutionnaire fut descendu de la tribune et monsieur Lejeune déclara que la politique était bannie des préoccupations de l’Assemblée générale de Rennes.”

Sur l’air des lampions

Après la réunion estudiantine, le cortège se forma dans la cour du Palais Saint-Georges avec un millier d’étudiants (sur les 2082 de l’époque). “Le drapeau des tricolores, emblème des étudiants de Rennes, fut porté par MM du Plessis de Grenedan et Michel. A la tête du défilé marchait Lejeune, entouré de tout son état-major du comité et des présidents des diverses corporations.” Dans le défilé, de nombreuses pancartes étaient brandies contre le décret de Chéron sur l’air des “lampions”. “Ajoutons que de nombreuses étudiantes s’étaient jointes au cortège et formaient une masse compacte au milieu du défilé.” Passant par la rue Victor-Hugo, la manifestation monta la rue Hoche, passa devant la Faculté de Lettres, prit la rue de la Borderie et la rue de Fougères, manifesta bruyamment devant la Faculté de Droit, descendit par la rue Saint-Melaine, la rue Le Bastard, la place de la Mairie et la rue d’Orléans. “Arrivés sur les jardins de la Vilaine, les étudiants formèrent un cercle autour du rond-point situé devant le Palais du Commerce. (…) Les manifestants se dispersèrent joyeusement non sans avoir clamé encore quelques quolibets à l’endroit de monsieur Chéron et poussé quelques “chics” en l’honneur de leur président.” Ce jour-là, cette grève fut une première estudiantine. pour une défense corporative. Pour en savoir plus, c’est ici. 

La grève vue par les étudiants. “Le drapeau de l’Association est déployé, les pancartes s’agitent, le cortège se forme. En rang par trois, les étudiants défilent et [ont] la bonne surprise de constater un groupe compact d’étudiantes emmené par leur présidente, coiffée de son béret des grands jours. Deux cents, trois cents… avait pensé le Comité. Il y [a] là un bon millier d’étudiantes et d’étudiants qui, groupés derrière leur Comité aux bérets surchargés d’insignes, derrière l’écharpe violette de Lejeune et l’écharpe rouge de Chapel, se [mettent] à défiler silencieusement. Les braves bourgeois rennais n’en [reviennent] pas : pensez donc, pas de chanson, pas de chahut. C’était donc vrai, il existe une Association des Etudiants”, rapporte André Paul Mussat, dans le journal étudiant L’A. “Certains pensent peut-être que les procédés de grève sont indignes des intellectuels”, précise-t-il avant d’ajouter : “Des intellectuels du dix-neuvième siècle peut-être. Mais nous ne sommes pas responsables des conditions de vie qui nous poussent à adopter des moyens plébéiens. Et, pour ma part, je ne crois pas que ce soit un mal, même faute, que d’affirmer la vigueur du syndicalisme universitaire et de développer le sentiment d’association chez les intellectuels.”

A propos de l'auteur

jean-christophe collet

Laisser un commentaire