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DÉLÉGATION DE SERVICE PUBLIC : LA RENNAISE MÈNE L’ENQUÊTE

Isabelle Jarjaille est une journaliste indépendante. Jeune et motivée. Jeune et travailleuse. Mais elle n’est pas une militante. Elle fait juste son métier. Elle signe aux éditions Yves Michel une enquête sur les services publics délégués au privé en posant une seule et unique question : à qui profite le deal ?

Pourquoi votre attrait pour les marchés publics ?

C’est une matière assez aride, je le reconnais ! Ce n’est pas très sexy ! Mais c’est plutôt une bonne chose d’être sur un secteur où il n’y a pas beaucoup d’enquêtes journalistiques.

N’était-ce pas difficile de se pencher sur ce sujet ?

Pour comprendre comment fonctionnent les délégations de service public, c’est très compliqué. Mais une fois que l’on a compris le mécanisme, les choses sont toutefois plus claires…

Le sujet n’avait-il pas déjà été abordé ?

Les journalistes n’ont pas le temps de faire ce travail. Ils vont parler des autoroutes le 1er février parce que les péages augmentent le 1er février ! Ils vont souvent reprendre ce qu’ils avaient écrit l’année auparavant. Ce ne sont pas des fausses informations mais on ne va pas plus loin dans le sujet, faute de temps.

Avez-vous l’impression de faire un autre journalisme ?

Il n’y a pas besoin de faire un livre pour faire du journalisme. Je veux simplement sortir de l’actualité même si j’ai de la chance de sortir mon livre en pleine actu…(ndlr : l’expulsion des zadistes). Travailler hors de l’actualité permet d’approfondir les sujets. 

Etes-vous une journaliste militante ?

J’essaye vraiment d’être dans l’information. Je ne défends pas un journalisme militant.

Votre livre est très détaillé, très riche. Quel était son but ?

J’ai fait le choix de traiter de grands sujets emblématiques. Il était pour moi important de montrer que la décision politique est parfois absurde. Dans un dossier comme Notre-Dame des Landes, la défaillance était dans la signature des contrats avant que l’Etat ne s’assure de pouvoir faire le chantier…

Mais encore…

On signe bien souvent des contrats pour faire plaisir aux élus locaux ou encore régionaux. Mais peu importe ce que l’on y met dedans. Il n’y a pas de vision sur du long terme. L’important est ailleurs. On est souvent dans le patriotisme économique : créer des emplois !

Mais à qui profite le deal ?

Sur certains contrats dont je parle ici, il profite au privé dans la mesure où il y a parfois un défaut de contrôle de la puissance publique au moment de la rédaction du contrat. Mais attention, mon livre n’est pas là pour dire il faut arrêter la délégation de service public. L’idée est de montrer et de pointer du doigt les problèmes.

Avez-vous l’impression que les marchés se partagent entre les entreprises ?

C’est un partage de fait dans le BTP parce que les constructeurs n’ont pas toujours les mêmes moyens. Ils ne se positionnent donc pas sur les mêmes marchés ! En revanche pour les marchés de l’eau, deux entreprises se partagent le marché français mais apparemment c’est en train de changer depuis le passage des marchés sous le contrôle des intercommunalités.

A-t-il été facile d’avoir des infos ?

Ce qui était compliqué, c’est d’avoir des contacts intéressants et fiables. Certains n’hésitent pas à parler parce qu’ils n’exercent plus. Mais tous ceux qui ont encore un intérêt parlent en off. En revanche ceux qui ne parlent pas : ce sont les entreprises concernées ! Elles ne prennent même pas le soin de répondre aux questions. Ouvrage dans toutes les bonnes librairies. 

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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