En marge d’une conférence de presse, le préfet Franck Robine n’a pas tourné autour du pot… d’échappement ! Avec son directeur de cabinet, Gabriel Morin, il s’est inquiété du nombre de morts sur les routes en Ille-et-Vilaine. « Nous comptabilisons 51 morts l’année dernière, en 2025 », dit-il tristement. « C’est vraiment significatif. Certaines années, nous étions bien plus bas, avec 40 décès », ajoute-t-il.
Loin de prendre le phénomène à la légère, le préfet livre d’autres indicateurs, suivant la même pente. « C’est +7 % en accidents corporels, +8 % en nombre de blessés, et le début d’année est très mauvais. » Face à « ce triste record », il ne cherche pas d’alibi. « Nous avons peut-être… surcommuniqué sur les stupéfiants, alors que la vitesse et l’alcool sont ce qui fait le plus de dégâts. Pourquoi tolère-t-on socialement des conduites à 30 ou 50 km/h au-dessus des limitations, comme s’il s’agissait d’une petite prise de risque privée, quand l’issue se mesure en morts et en blessés graves ? »
Au passage, le préfet dit sa colère froide. « On ne dit rien… pour les 51 morts sur la route. » À l’en croire, les accidents seraient devenus un bruit de fond, une statistique routinière, presque un fatalisme. Sur le terrain, ses équipes décrivent même des contrôles inquiétants. « À 15 heures, quand il fait beau, on tombe déjà sur des excès de vitesse à +30 km/h, +50 km/h, au bout de quinze minutes », assure son directeur de cabinet. Sur les routes bretonnes, les excès ne seraient plus des infractions à la marge. « Ce serait une habitude, un relâchement, une forme d’impunité ressentie. Si, malgré des contrôles en hausse, les chiffres montent, c’est que quelque chose s’est déplacé dans les comportements.»
L’autorité préfectorale décrit aussi des situations bien au-delà du cliché du chauffard caricatural. « Des conducteurs “normaux”, parfois sans passé judiciaire, sont pourtant capables d’une agressivité stupéfiante lors des contrôles. Ils sont bien insérés, convaincus qu’ils ne font de mal à personne, mais ils roulent à des vitesses qui rendent toute erreur irréversible. Il y a une forme d’absence totale de conscience du risque pour soi et pour les autres. L’infraction n’est pas vécue comme une faute grave, plutôt comme un écart maîtrisé. »
Or, sur la chaussée, l’écart se paie souvent dramatiquement. Franck Robine ne s’en tient pas au duo vitesse-alcool. Il pointe aussi une évolution qui change la nature même de l’accidentologie. « Nous avons aujourd’hui beaucoup de morts liées aux nouveaux modes de déplacement. Sur les 51 décès, une part significative concerne des usagers vulnérables : piétons, trottinettes, vélos. Le vélo d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a 40 ans. Vitesse des engins, cohabitation dans des rues denses, angles morts, incompréhensions sur les priorités : les conflits d’usage se multiplient, et les accidents avec. Nous avons un vrai sujet de partage de la route, qu’il faudra aborder sans hystérie mais sans naïveté. »
Toutefois, des accidents sont parfois incompréhensibles. Des véhicules partent “tout droit” dans un virage, laissant envisager des suicides. « On ne comprend pas toujours bien pourquoi », expliquent les services préfectoraux. Mais la fatigue, la distraction, l’alcool, les stupéfiants, la vitesse inadaptée ou la combinaison de ces facteurs restent à prendre en compte, dans un contexte où les véhicules sont plus puissants, les usagers plus pressés, l’attention plus fragmentée (téléphone) et la circulation plus dense.
Au-delà de la répression, pourtant fondamentale, le préfet veut remettre des mots simples et répétés sur ce qui tue réellement. Il le dit clairement. « Plus que le nombre de contrôles, il faut recommuniquer sur la vitesse et l’alcool. Moi le premier… j’ai peut-être moins communiqué. » Il veut corriger cela rapidement. « Nous avons laissé s’installer une normalisation de la transgression. Rouler vite est devenu banal, alors que les conséquences se mesurent en morts. » Pour autant, Franck Robine ne veut pas moraliser. Il souhaite uniquement rappeler la réalité des bilans pour en faire un outil de pédagogie et de prévention.


