Le dossier de l’unité de valorisation énergétique de Villejean a de nouveau été évoqué lors du dernier conseil municipal de Rennes, ce lundi. « Je sais que vous allez m’opposer une fois encore le même argument : c’est un dossier métropolitain, ça ne relève pas de la ville. (…) Mais ce dossier concerne aussi directement les Rennaises et les Rennais », a expliqué Carole Gandon, membre de l’opposition. « Cet incinérateur est situé à Rennes, en zone urbaine dense. Il impacte leur cadre de vie, leur fiscalité, leur réseau de chaleur et, au-delà, l’image même de notre ville. Notre conseil municipal est donc parfaitement légitime à en débattre. »
Pour l’opposition, le dossier n’est ni nouveau ni imprévisible. « Dès le mois de décembre 2023, nous avions alerté sur la dérive de ce chantier. » En juin 2024, déjà au conseil métropolitain, Carole Gandon évoquait « un scandale politique majeur en train de se produire » sous les yeux de tous. « Nous vous avions demandé de réfléchir, d’agir, d’écouter l’expert judiciaire, seul expert indépendant mandaté par la justice française, de ne pas engager la métropole dans une spirale financière irréversible. Nous n’avons pas été entendus. »
L’élue s’appuie désormais sur un second rapport judiciaire (voir notre article :
https://www.rennes-infos-autrement.fr/incinerateur-de-villejean-un-deuxieme-rapport-incendiaire/). « Aujourd’hui, un deuxième rapport judiciaire indépendant confirme ces alertes. » Point par point, elle énumère l’arrêt du chantier et les non-conformités mineures. Elle met en avant l’ampleur financière du dossier. « On ne parle plus de dizaines de millions, on parle désormais de plus de 110 millions d’euros d’argent public », avec, pour les Rennais, « une pression accrue sur la fiscalité locale », un impact sur « le budget des déchets et du réseau de chaleur » et « une gestion hasardeuse d’un équipement situé au cœur de leur ville ».
Carole Gandon demande la démission du vice-président
Ouvertement, Carole Gandon critique la méthode choisie par la majorité. « On a créé une mission d’information, présentée comme un outil de transparence, mais menée de façon partisane, sans jamais remettre en cause les choix initiaux. » Au passage, elle pose ela question de la responsabilité politique. « Dans n’importe quelle collectivité responsable, un tel enchaînement d’erreurs, confirmé par deux rapports judiciaires, devrait conduire à une démission. » Nommément, elle vise le vice-président EELV en charge des déchets, Laurent Hamon. « Les Rennais paient, les Rennais subissent et les Rennais ont donc droit à la vérité et à des responsables qui assument. »
En réponse, Laurent Hamon affirme vouloir « rétablir les faits, rien que les faits et tous les faits ». « L’expert judiciaire a rendu son rapport en mai 2024 », précise-t-il. Selon lui, ses conclusions ont été « contredites par les autres expertises menées sur ce dossier, notamment par l’Apave, Eneres et le Bureau Veritas », chacun de ces bureaux ayant mobilisé « entre quatre et cinq experts nationaux et internationaux ». « La majorité des expertises contredisent la conclusion de l’expert judiciaire quant à la conformité des fameuses soudures. » Selon lui, le second rapport judiciaire n’apporte par ailleurs aucun élément nouveau sur le volet technique. « Nous tenons uniquement à défendre les intérêts financiers de la collectivité et, à travers elle, ceux des habitants de la métropole », a-t-il ajouté.
Fermement, Laurent Hamon conteste enfin la notion de non-conformités mineures. « Le Bureau Veritas a conclu à 88 non-conformités majeures. Cela signifie qu’on ne peut pas mettre en route l’installation. » Pour la majorité, il n’y a donc pas de « scandale politique ». Le débat s’est refermé sans convergence, chacun renvoyant à la prochaine séance du conseil métropolitain pour poursuivre un dossier devenu central, tant par ses enjeux financiers que politiques, à l’approche des élections municipales.


