Voilà le dernier article de notre série sur le trafic des stupéfiants dans les quartiers rennais. Après le sud, l’ouest, Villejean et le centre-ville, c’est désormais au tour du nord-est de Rennes d’être placés sous surveillance aérienne renforcée. Maurepas, Gros Chêne, La Bellangerais : dans un arrêté signé fin mai, la préfecture d’Ille-et-Vilaine autorise l’usage de drones policiers pendant un mois complet, du 1er au 30 juin 2026, dans le cadre d’opérations de lutte contre le narcotrafic et de sécurisation. Jusqu’à quatre drones pourront être déployés simultanément.
Mais au-delà de cette mesure, le document préfectoral révèle surtout l’ampleur des tensions liées au trafic de stupéfiants dans le secteur. Fusillades, tirs répétés, règlements de comptes, mineurs impliqués, homicide au couteau et réseaux structurés : l’arrêté dresse le portrait d’un territoire sous forte pression. Les autorités identifient plusieurs points sensibles autour du centre commercial du Gros Chêne, de la rue Emmanuel-Mounier, de la Marbaudais et des allées de Brno. «La surveillance des points de deal doit désormais s’inscrire dans le temps », estime la préfecture.
Une montée des violences depuis l’été 2025
Le document retrace une succession de faits violents depuis juin 2025. Le 12 juin, un homme est hospitalisé après avoir été roué de coups lors d’un règlement de comptes. Dix jours plus tard, le 22 juin, des tirs d’armes à feu éclatent rue de la Marbaudais, visant selon la préfecture « différents acteurs du trafic de stupéfiants ». Le 24 juin, plusieurs centaines de grammes de stupéfiants sont découvertes dans une cave proche d’un point de deal. Pour la préfecture et la police, ces faits traduisent déjà un trafic organisé et conflictuel.
Le 15 août 2025, un homme meurt après avoir reçu plusieurs coups de couteau. En septembre, les saisies se multiplient : 50 cocottes de cocaïne sont retrouvées près du pôle social de la Marbaudais, tandis que cannabis et cocaïne sont découverts à plusieurs endroits du quartier. Mais ce sont surtout les violences armées qui marquent les autorités. Le 29 septembre, une fusillade éclate allée de Brno, avec des tirs en rafale entendus par les riverains. Le lendemain, un adolescent de 13 ans, présenté impliqué dans le trafic, est poignardé dans le dos. Quelques jours plus tard, le 5 octobre, de nouveaux tirs opposent des groupes rivaux dans le même secteur.
L’un des épisodes les plus marquants intervient le 14 octobre 2025. Après le démantèlement d’un réseau présenté comme une « vitrine numérique » du trafic, huit personnes sont interpellées. Les perquisitions permettent la saisie de 9 kilogrammes de résine de cannabis, 318 grammes de cocaïne, 154 grammes d’herbe de cannabis, 6 grammes d’héroïne et 4 500 euros en liquide. Les incidents se poursuivent ensuite. Le 13 novembre, la police intervient après des tirs ayant fait un blessé par balle à la jambe. Le 21 novembre, place du Gros Chêne, un homme est interpellé avec plusieurs dizaines de sachets de cannabis prêts à la vente. Le 8 décembre, plusieurs suspects sont arrêtés dans un véhicule ayant servi lors d’une fusillade liée au narcotrafic quelques jours plus tôt.
Des saisies toujours nombreuses en 2026
L’année 2026 ne montre aucun ralentissement. Au Gros Chêne, les contrôles s’enchaînent : sachets de cannabis retrouvés dans un parking souterrain, cocaïne découverte dans les espaces verts, vendeurs et acheteurs interpellés, argent liquide saisi à répétition. Le 10 avril 2026, après une transaction présumée au Gros Chêne, un acheteur est contrôlé avec six cocottes de cocaïne. Une cache de cannabis est également découverte près du magasin Aldi. En mai encore, de nouvelles saisies de cocaïne sont recensées à Maurepas.
Un élément revient avec insistance dans le document préfectoral : l’implication de très jeunes profils dans les trafics. Lors d’une cellule de veille organisée en novembre 2025, la préfecture évoquait explicitement un groupe de « jeunes mineurs très virulents » alimentant le sentiment d’insécurité dans le quartier. Le cas du jeune de 13 ans poignardé, mais aussi celui d’un mineur interpellé avec de l’argent liquide en mars 2026, illustrent cette implication précoce.


