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samedi 25 juillet 2026
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Ces Rennais qui ont marqué l’histoire : Jacques Gabriel, l’homme qui a donné un nouveau visage à Rennes

Le 23 décembre 1720, Rennes n’est plus qu’un immense brasier. Depuis plusieurs heures, le feu court de maison en maison, dévorant les charpentes de bois, emportant des quartiers entiers. Lorsque les flammes s’éteignent enfin, plus de neuf cents habitations ont disparu. Des milliers d’habitants sont sans abri. Là où se dressent aujourd’hui les élégantes façades de la place de l’Hôtel de Ville et les immeubles classiques du centre historique, il n’y a plus que des pans de murs noircis, des poutres calcinées et une ville à reconstruire. Beaucoup ne voient alors qu’un champ de ruines. Jacques Gabriel, lui, aperçoit déjà une ville nouvelle.

Son nom est aujourd’hui presque oublié. Pourtant, rares sont les hommes qui ont autant influencé le destin de Rennes. Si la capitale bretonne possède aujourd’hui cette élégance classique qui surprend encore les visiteurs, elle la doit en grande partie à cet architecte du Roi. Né à Paris en 1667, Jacques Gabriel grandit dans une famille où l’architecture est presque une affaire d’État. Son père est architecte du Roi, sa mère est cousine de Jules Hardouin-Mansart, le créateur de la galerie des Glaces de Versailles. Selon l’historienne Éléonore Despierres, les Gabriel forment une véritable dynastie de bâtisseurs, progressivement passée du métier de maître maçon à celui d’architecte de la monarchie française.

Très tôt, Jacques Gabriel révèle des qualités peu communes. À seulement vingt et un ans, il devient contrôleur général des Bâtiments du Roi. Il part ensuite en Italie avec Robert de Cotte pour étudier les plus grandes réalisations de la Renaissance. À son retour, sa carrière est fulgurante. En 1734, il est nommé Premier architecte du Roi et directeur de l’Académie royale d’architecture. Sa réputation dépasse largement les frontières du royaume. Pourtant, ce ne sont pas ses talents de dessinateur qui frappent ses contemporains.

Pierre-Jean Mariette, historien d’art et fin connaisseur de son époque, livre un portrait qui peut surprendre : « Il étoit expert dans la conduite du bâtiment, mais il n’auroit pas pu dessiner le moindre bout d’ornement. » La formule pourrait sembler sévère. Elle est en réalité l’un des plus beaux compliments que l’on puisse adresser à Jacques Gabriel. Jacques Gabriel n’était pas derrière une table à dessin. Il savait choisir les meilleurs artistes, conduire d’immenses chantiers, arbitrer les difficultés techniques et donner une cohérence à des ensembles monumentaux. Là où d’autres dessinaient un balcon ou un chapiteau, Gabriel imaginait une ville entière.

C’est précisément ce dont Rennes a besoin après le Grand Incendie. Plutôt que de reconstruire la cité à l’identique, Jacques Gabriel profite de la catastrophe pour repenser son urbanisme. Les rues sont élargies, les alignements deviennent rigoureux, les maisons de bois cèdent progressivement la place à la pierre. Les espaces publics prennent de l’ampleur et offrent des perspectives nouvelles. L’architecte imagine une ville plus sûre, plus harmonieuse et plus digne du Parlement de Bretagne, miraculeusement épargné par les flammes.

Son chef-d’œuvre reste sans doute la place de l’Hôtel de Ville. Au lieu d’un bâtiment rectiligne, il imagine deux ailes légèrement incurvées qui semblent enlacer la place, dominées par un élégant beffroi. L’ensemble dialogue avec le Parlement tout proche et compose un décor urbain d’une remarquable modernité. Trois siècles plus tard, il suffit de s’y arrêter quelques instants pour comprendre pourquoi cette composition demeure l’une des plus réussies du XVIIIᵉ siècle français.

L’historien Ernest Bousson insiste lui aussi sur cette qualité essentielle de Jacques Gabriel. Selon lui, sa véritable force réside autant dans son talent d’organisateur que dans ses qualités d’architecte. Il appartient à cette génération d’hommes capables de mener simultanément plusieurs grands chantiers royaux sans jamais perdre de vue l’harmonie de l’ensemble. Derrière chaque façade se cache un remarquable administrateur, capable de transformer durablement une ville.

Rennes n’est pourtant qu’un chapitre d’une carrière exceptionnelle. Jacques Gabriel participe à l’achèvement du Palais Bourbon, de l’hôtel de Lassay, construit les bâtiments de la Compagnie des Indes à Lorient, intervient à Blois, Bordeaux ou encore Compiègne. Son fils, Ange-Jacques Gabriel, poursuivra cette aventure familiale en dessinant notamment le Petit Trianon de Versailles et la place Louis-XV, devenue l’actuelle place de la Concorde.

Mais c’est sans doute à Rennes qu’il a laissé son héritage le plus vivant. Chaque samedi, des centaines de personnes traversent la place de l’Hôtel de Ville. Les touristes photographient le Parlement avant de rejoindre les maisons à pans de bois. Les Rennais manifestent, flânent, prennent un café ou se donnent rendez-vous dans un décor qu’ils connaissent par cœur. Sans toujours le savoir, ils vivent au quotidien dans la ville imaginée par Jacques Gabriel il y a plus de trois siècles. Les écrivains signent leurs livres, les peintres leurs tableaux. Les architectes, eux, disparaissent souvent derrière leurs œuvres. Jacques Gabriel appartient à cette catégorie d’hommes dont le nom s’efface tandis que leur création traverse les siècles. Son plus beau monument n’est ni un palais ni un château : c’est Rennes elle-même.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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