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mardi 26 mai 2026
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Révolution aux Jacobins : la consigne reprend du service

Au Café des Jacobins, à Rennes, rue de Saint-Malo, le vin a désormais plusieurs vies. Derrière son comptoir, Sébastien Blot sert un verre de muscadet, mais cette fois, sa bouteille sera lavée, réutilisée, remplie à nouveau par le viticulteur, puis livrée à un autre bistrot.  « Nous remettons en place un circuit complet, du vigneron au restaurateur, puis retour à l’expéditeur », explique Sébastien. « Les bouteilles sont collectées, rincées et remises en circulation. C’est une boucle vertueuse, et ici, on a voulu être les premiers à la tester à Rennes. »

C’est un vieux geste qui revient : celui de la consigne.

Cet établissement est l’un des sites pilotes d’un programme initié avec France Boissons et la Maison Lieubeau, vignerons indépendants installés entre Nantes et Clisson. « Nous sommes une entreprise familiale », indique François Lieubeau. « On travaille tous ensemble, mon frère, ma sœur, mes parents et moi. Nous avons décidé de relancer cette pratique ancienne de la consigne, parce que nous estimons qu’elle a du sens. Les bouteilles partent pleines. Elles reviennent chez notre partenaire de lavage Bout’à Bout, puis elles nous sont renvoyées vides. On les remplit à nouveau et c’est reparti. »

L’idée est simple, mais l’impact est considérable. Chaque bouteille peut être nettoyée jusqu’à quinze fois. Elle est un peu plus lourde et un peu plus chère à l’achat, mais son empreinte carbone s’effondre assurément. « La fonderie du verre est extrêmement énergivore », rappelle François Lieubeau. « Avec le réemploi, on économise environ 70 % de CO₂ et 50 % d’eau. C’est vertueux, même si cela suppose un peu plus de transport. » Heureusement, les bouteilles circulent dans un rayon d’à peine cent kilomètres : de la cave au café, puis au centre de lavage, et retour au domaine.

Chez Sébastien Blot, la mise en œuvre est fluide. « On a nos caisses, déposées ici au restaurant. Dès qu’elles sont pleines, on les met de côté. Quand une palette est complète, on signale la collecte et Bout’à Bout vient les chercher. Ce n’est pas contraignant du tout. On le faisait déjà avec les bouteilles d’eau et de cidre artisanal. Là, on le fait avec le vin, et c’est la suite logique de ce qu’on met en place depuis longtemps en cuisine, en circuit court. »

Pour lui, le système colle parfaitement à sa philosophie. « On veut faire les choses bien, localement. Ce projet est cohérent, il redonne du sens à notre travail. » Responsable de la catégorie vins pour France Boissons dans le Grand Ouest, Mathieu Vildard parle lui d’un « projet dans son temps ». « C’est une idée de nos grands-parents qu’on remet au goût du jour. La consigne, ce n’est pas nouveau, mais c’est ce qu’il y a de plus moderne dans le fond. Ce projet n’existe que si tous les partenaires s’organisent : le vigneron, le restaurateur, le logisticien, et l’entreprise de réemploi. Il faut que tout le monde joue le jeu, et c’est ce qu’on voit ici avec Sébastien et François. »

Mais sans Bout’à Bout, installée près de Nantes, rien ne serait possible. Elle s’occupe du lavage et du reconditionnement. « On a visité leur site, c’est impressionnant, raconte le viticulteur. « Ils nettoient aussi bien des bouteilles de vin que de lait, de soupe ou même des petits pots pour bébés. Tout est automatisé, contrôlé, impeccable. Ils nous renvoient des palettes de bouteilles vides, prêtes à remplir, comme si elles étaient neuves. »

Lancé au début de l’année, le système affiche déjà des résultats encourageants. « On récupère environ 85 % des bouteilles, se réjouit François Lieubeau. « Il y a un peu de casse, forcément, mais c’est normal. Le verre demeure le meilleur contenant pour le vin : stable, inaltérable, et sans interaction avec le produit. Le réemployer, c’est lui redonner tout son sens. » Sébastien Blot observe quant à lui la réaction enthousiaste de sa clientèle. « Quand on explique aux gens que leur bouteille reviendra peut-être dans six mois sur une autre table, ils trouvent ça génial. C’est concret, positif, et ça parle à tout le monde. »

Pour Mathieu Vildard, ce genre de projet est amené à se multiplier. « Le Grand Ouest est une région pilote en France sur le réemploi. On voit déjà d’autres producteurs se lancer. Ce n’est pas une tendance, c’est un mouvement de fond. » Dans son restaurant du centre de Rennes, Sébastien Blot voit plus loin. « Si on peut réduire nos déchets, soutenir nos exploitants locaux et servir un bon vin, pourquoi ne pas le faire ? Ce n’est pas un effort, c’est du bon sens. » Aux Jacobins, la révolution est en marche — discrète et concrète.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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