Aujourd’hui, les promeneurs empruntent la pittoresque rue Saint-Malo sans imaginer qu’elle abritait autrefois l’une des maisons les plus singulières de Rennes. Dressée au bord du pont Saint-Martin, avec ses galeries de bois suspendues au-dessus de l’Ille, elle semblait défier les siècles… et parfois même les lois de l’équilibre. Les Rennais l’avaient surnommée le « Château-Branlant ».
Dans Le Vieux Rennes, publié au début du XXᵉ siècle, l’historien rennais Paul Banéat lui consacre plusieurs lignes. En reproduisant une gravure ancienne, il rappelle que cette demeure était aussi connue sous le nom de « maison de Cadet-Rousselle », parce qu’elle aurait appartenu à un cadet de la famille Rousselle. Son architecture était suffisamment originale pour devenir l’un des bâtiments les plus photographiés et dessinés du vieux Rennes.
Avant d’évoquer cette maison, Paul Banéat raconte l’histoire du pont Saint-Martin. Il rappelle que l’ouvrage est mentionné dès 1301 et qu’il pourrait même marquer le passage de l’ancienne voie romaine reliant Rennes à Corseul. Le pont possédait autrefois un pont-levis, avant d’être reconstruit à plusieurs reprises. L’ouvrage actuel, composé de trois arches de pierre, est édifié en 1759 avec les matériaux provenant de la démolition de l’hôtel de Brissac, situé place de la Mairie.
Autour du pont s’animait tout un quartier aujourd’hui largement disparu. Paul Banéat cite notamment la Maison Rouge, la Maison de la Déshérence, le logis du Portal ou encore la maison du Plan-Jarzel. Autant de noms qui ne disent plus grand-chose aux Rennais d’aujourd’hui mais qui témoignent d’un quartier vivant, commerçant et populaire.
La plus spectaculaire demeure toutefois le Château-Branlant. Sur la gravure reproduite par Banéat, la maison semble presque pencher au-dessus de la rivière. Ses façades de bois, ses galeries superposées et ses balustrades lui donnent un aspect pittoresque qui fascinait déjà les artistes de la fin du XIXᵉ siècle. Banéat rappelle d’ailleurs qu’on retrouve cette bâtisse dans le Rennes illustré de Louis Decombe ou encore dans la Géographie pittoresque d’Ille-et-Vilaine d’Orain, preuve qu’elle faisait partie des curiosités de la ville.
À quelques mètres de là se trouvait également l’hôtellerie de l’Image Saint-Martin, mentionnée dès le XVIIIᵉ siècle. Les voyageurs qui arrivaient par le nord de Rennes y faisaient halte avant d’entrer dans la cité. Le secteur constituait alors l’une des principales portes d’entrée de la ville.
En refermant Le Vieux Rennes, on comprend que Banéat ne cherchait pas seulement à raconter l’histoire de la ville. Il voulait sauver de l’oubli ces maisons anonymes qui faisaient le caractère de Rennes. Plus d’un siècle après la publication de son ouvrage, son pari est réussi : grâce à lui, le Château-Branlant continue encore de faire rêver les amoureux du vieux Rennes.


