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ISABELLE BAUR (SCARABÉE BIOCOOP) : FAIRE COMPRENDRE AUX RENNAIS L’ADN DE NOTRE PROJET

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La semaine passée, le tribunal de commerce de Rennes a placé en redressement judiciaire Scarabée Biocoop. Entretien avec Isabelle Baur, présidente du directoire de la coopérative.

Comment expliquez-vous votre passage à vide ? 

Le marché bio est en difficulté. Pour tous les magasins spécialisés, nous sommes confrontés à la guerre en Ukraine, à l’augmentation des prix de l’énergie, la baisse du pouvoir d’achat, le retournement des consommateurs vers le local, le mélange des labels… Tout cela justifie la diminution de notre chiffre d’affaires et de la fréquentation. 

Ce n’est pas la première fois…

Nous avions déjà rencontré des soucis en début d’année. Nous avions fermé un restaurant, un laboratoire de charcuterie… Mais dans notre univers, on espérait tous une reprise, après l’été. Malheureusement, rien ne s’est concrétisé ! Depuis le premier semestre, il y a plus de 180 magasins, toutes enseignes confondues et spécialisées comme les nôtres qui ont fermé leurs portes. 

Quand Scarabée plonge, il y a 250 agriculteurs bios qui plongent », Isabelle Baur.

Beaucoup de supermarchés font du bio. Ils ont repris votre idée. N’êtes-vous pas victime du succès ? 

Des consommateurs sont venus faire leurs courses dans les grandes surfaces. Je ne peux le nier. Mais la grande distribution a développé le bio par opportunité. Mais franchement, l’agriculture bio n’a jamais été leur raison d’être. Ces types de magasins sont en train de réduire leurs rayons. Pas plus tard qu’hier, Carrefour Cesson diminuait de moitié son espace bio et va mettre en place des produits du monde. 

Quelle est votre politique tarifaire ? 

En règle générale, le bio est plus cher que le conventionnel. Mais depuis des années, nous travaillons sur cette problématique du prix. Nous avons beaucoup œuvré pour développer le vrac en proposant pas moins de 500 biens et, pour ces derniers, nous sommes bien moins chers que des grandes surfaces. 

Je ne cesse de le dire : nos produits de base (lait beurre) sont moins chers qu’en GMS. 

Tous les labels existants perturbent-ils la lisibilité des consommateurs ? 

Oui, tout à fait ! Mais je n’incrimine pas les clients. Ils sont noyés sous les labels (HVE, durable, Bleu Blanc Cœur…). Mais l’acheteur doit être hyper averti pour comprendre que tous ces labels ne se valent pas. 

Vous avez inauguré plusieurs boutiques, ces derniers temps. Y-at-il eu des ouvertures de trop ? 

Non pas du tout ! Les personnes qui nous critiquent ne se posent pas de questions sur toutes les grandes enseignes à tous les coins de rue. Nous ne sommes pas devenus des mastodontes. Nos treize magasins représentent 3000 m2 de surface, soit celle d’un supermarché bien connu de la rue de Nantes. Notre déploiement est raisonnable. 

Pourquoi avez-vous maillé le territoire ? 

Faire du bio n’est pas vendre uniquement du bio. En essaimant des petites surfaces proches des stations de métro et Vélolib, nous diminuons notre impact carbone. Les clients veulent des commerces en bas de chez eux et nous avons répondu à cette demande. 

À partir du moment où je développe 1 m2 de surface de magasin, cela représente un hectare de surface biologique. 

Quelles sont les solutions que vous envisagez ? 

Notre directoire a réclamé ce placement en redressement judiciaire pour que notre coopérative puisse souffler et retrouver de la sérénité. Nous désirons continuer à soutenir une agriculture bio (respect de la saisonnalité, le zéro déchet…) et réaffirmer les valeurs que nous portons. 

Vous êtes une société rennaise. Pensez-vous obtenir une aide des collectivités locales ? 

À ce jour (interview réalisée vendredi dernier), j’ai eu des mails d’encouragement d’entrepreneurs rennais, mais j’ai zéro nouvelle de Rennes Métropole, du conseil régional ou encore du département. Nous sommes pourtant en phase avec le projet d’alimentation durable que ces collectivités défendent au quotidien. 

Rennes Métropole a installé un Comptoir de la Bio, non loin de deux de nos magasins. Dans l’agglomération, personne ne semblait connaître que derrière ce comptoir, c’était Intermarché ! Mais ce qui me préoccupe aujourd’hui, c’est de redresser Scarabée et de faire comprendre aux Rennais l’ADN de notre modèle, qui je le rappelle est conforme aux ambitions environnementales de notre pays. 

A propos de l'auteur

jean-christophe collet

Pour tout contact. 06 75 37 16 66

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