Dès l’ouverture du dernier conseil municipal, ce lundi, l’opposition a donné le ton. Charles Compagnon (Vivre Rennes) a décrit une ville à l’arrêt. « Il est des moments dans la vie d’une ville où le temps semble suspendu. Non pas le temps des jours qui passent, mais celui des ambitions, des élans, des horizons communs. À Rennes, ce temps-là s’est figé. » Dans l’histoire récente de la ville, le candidat situe ce point de bascule. « Depuis la mise en service de la ligne B du métro, dernier grand projet issu de l’héritage d’Edmond Hervé, notre ville n’a plus connu de projet structurant à la hauteur de son rang de capitale régionale. »
La majorité se contente depuis douze ans « d’administrer Rennes sans lui donner d’élan nouveau ».
Dans sa longue diatribe, Charles Compagnon oppose l’héritage politique rennais à la situation actuelle. « Edmond Hervé, comme Jean-Yves Le Drian, incarnaient une social-démocratie bretonne exigeante, faite de pragmatisme, de patience et de respect du réel. Daniel Delaveau en fut le dernier passeur. Depuis, cet esprit s’est dilué. » Sans hésiter, il dresse une série de ruptures, allant «d’une majorité de projets à une majorité d’équilibres internes. D’une majorité populaire à une majorité d’appareils. »
Dans le détail, Charles Compagnon évoque « beaucoup de communication » pour « peu de résultats durables ». Il cite le refus d’accueillir le Grand Départ du Tour de France, « un événement populaire, fédérateur », refusé selon lui « non pour des raisons pratiques, mais au nom d’une idéologie décroissante ». Il pointe aussi l’absence de grands équipements, la situation du Stade Rennais, « à l’étroit, enclavé, sans perspective claire », ou encore l’incertitude autour de la patinoire du Blizz.
Sur le quotidien, le constat se veut sévère. « À Rennes, ce sont des écoles vieillissantes, parfois privées de chauffage, des familles et des classes moyennes qui ne trouvent plus à se loger. Des logements sociaux à la limite de l’insalubrité. » Au passage, il n’oublie pas ses leitmotivs : « une insécurité grandissante » et des choix de circulation marqués par « la suppression, l’interdiction, la contrainte ».
Sa colistier Carole Gandon poursuit sur un autre terrain, celui de la méthode et de l’éthique. « Madame la Maire, nous avons pris acte de votre entrée officielle en campagne. Les Rennaises et les Rennais méritent un vrai débat démocratique, projet contre projet. »
Ouvertement, elle critique « un exercice désormais classique d’autosatisfaction » et une analyse des difficultés rennaises renvoyées aux seuls « désordres du monde et incertitudes nationales ».
Mais elle insiste surtout sur « la confusion croissante entre l’exercice du pouvoir et la communication électorale ». Elle cite un exemple précis, que notre journal avait déjà relevé : « de nombreux Rennais ont trouvé inacceptable votre décision d’organiser, le même soir que les vœux de l’opposition, une grande cérémonie de citoyenneté réunissant près de 400 jeunes électeurs. Personne n’est dupe. Ce n’était pas un hasard de calendrier. C’était un coup de communication, financé avec des moyens municipaux. »
Je conteste le financement par la Ville du déplacement du chef de cabinet de la maire, agent de la Ville, aux universités d’été du Parti socialiste, avec la prise en charge de frais. » Carole Gandon.
Face aux critiques, la majorité municipale a défendu une action inscrite dans un contexte jugé exceptionnel. Adjoint et fidèle lieutenant de la maire, Sébastien Sémeril a tenu à mettre en avant « la succession de crises affrontées collectivement au service des Rennaises et des Rennais » : Covid-19, guerre en Ukraine, inflation, aléas climatiques, instabilité politique nationale. « Face à cela, en responsabilité, notre équipe s’est pleinement investie pour gérer et assurer la stabilité de la ville. »
Pour répondre à l’accusation d’immobilisme, l’élu de la majorité oppose les chiffres. « Au cours de cette mandature, nous avons eu à débattre et à voter quelque 2 065 délibérations. 1 659 ont été votées à l’unanimité », soit « plus de 80 % ». Il détaille ensuite les investissements engagés : « 82 millions d’euros pour la rénovation de nos écoles et l’ouverture de quatre nouvelles écoles », la construction ou la rénovation de piscines, ou encore d’autres équipements publics.
nous avons eu à débattre et à voter quelque 2 065 délibérations. 1 659 ont été votées à l’unanimité » Sébastien Séméril.
Sur le logement, l’élu se dit fier du bilan. « Près de 10 700 logements ont été construits à Rennes entre 2020 et 2025. » Au passage, il met en avant le loyer unique et le bail réel solidaire, permettant « à neuf locataires sur dix de devenir propriétaires à un coût nettement inférieur à celui du marché ». Sur les mobilités, Sébastien Sémeril rappelle enfin la construction « d’une première ligne de métro » et « l’ouverture, durant ce mandat, d’une seconde ligne de métro », permettant d’éviter « 50 000 déplacements automobiles ». Elu radical, Honoré Puil prolonge la défense de la majorité sur la politique du logement. « Deux politiques sont essentielles au peuple : l’école, parce qu’elle rend libre, et le logement, parce qu’il apporte la sécurité. Depuis 2015, notre territoire a livré 48 000 logements. » La campagne est désormais lancée…


