Petit matin, ce 10 septembre. Des jeunes manifestants sortent de la station de métro, Fréville. Vêtus de sombre, ils ont la mine…sombres. ils se préparent pour une journée de mobilisation baptisée « Bloquons tout ». Environ 400, ils prennent la direction de la rocade. Dans un mégaphone, un meneur lance l’appel à rejoindre le centre Alma. En chemin, beaucoup récupèrent sur les chantiers des « munitions » et du « matériel » pour ériger des barricades.
À 7 h 30, à hauteur du pont Alma, certains réussissent à s’infiltrer sur la rocade et installent deux barrages de chaque côté de la chaussée. Plus haut, leurs camarades bloquent un giratoire. « On est là, on est là », scandent-ils. Dans les voitures, les automobilistes attendent, résignés. « Je suis solidaire, sauf que je viens de travailler toute la nuit. Mais ça va », souffle Isabelle. « On va attendre. On n’a pas le café, mais des pains au chocolat », plaisante un ouvrier.
Il est maintenant 8 heures quand un feu s’allume sur le bitume. « Débattons sur la possibilité de barrages filtrants », crie un manifestant. Mais la proposition s’évanouit au moment où les policiers, à bord de deux fourgons, libèrent le premier rond-point. Malgré leur faible nombre, ils parviennent à faire reculer les jeunes bloqueurs dans un nuage de lacrymogènes.
En contrebas, sur la rocade, la tension grimpe d’un cran. Policiers et gendarmes essuient des tirs de projectiles et répliquent au gaz. ils sont pris entre deux fronts. Abrités derrière des parapluies, les manifestants bombardent de projectiles et de mortiers les forces de l’ordre qui, encore une fois, répondent par des grenades lacrymogènes.
La situation est confuse. A 9 h 15, sous le pont de l’Alma, un bus prend feu. Très vite, les détonations des pneus éclatent dans l’air. L’atmosphère se charge de fumée, il devient difficile de respirer au moment où les pompiers maîtrisent l’incendie sous la protection des gendarmes. La carcasse du bus gît sur la chaussée, mais la matinée n’est pas terminée. À 10 h, les forces de l’ordre dispersent les derniers manifestants à coups de gaz. Les premiers camions peuvent enfin repartir de la rocade dans le sens Paris-province. Les protestataires, eux, prennent la direction de République pour une nouvelle étape : la manifestation en centre-ville.


