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jeudi 21 mai 2026
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Coup de poignard dans le dos rue Saint-Michel : les riverains alertaient depuis des mois 

Après le coup de couteau qui a failli coûter la vie à un homme de 28 ans en plein cœur de Rennes, ce vendredi 15 mai, les langues se délient dans la rue Saint-Michel. Face au deal visible, aux violences répétées et au sentiment d’abandon, des habitants avaient multiplié les alertes depuis des mois. La fermeture administrative du Melting Pot, ou s’est déroulé le drame, fracture désormais un quartier déjà à bout de souffle.

L’enquête judiciaire, au contraire, avance rapidement. Mercredi soir, le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet, a annoncé la mise en examen de trois jeunes hommes âgés de 18 ans pour tentative d’homicide en bande organisée, association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime commis en bande organisée et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences. Deux suspects ont été depuis placés en détention provisoire, tandis qu’un troisième a été laissé sous contrôle judiciaire. Seul l’un des deux détenus avait déjà été condamné à deux reprises. Selon le magistrat, le pronostic vital de la victime, initialement engagé après l’attaque, ne l’est désormais plus. 

Tout le monde avait été alerté

Mais dans le quartier Sainte-Anne, c’est moins le profil des suspects qui alimente les discussions. Car pour certains habitants, le climat se dégradait depuis longtemps. Un riverain, copropriétaire d’un immeuble voisin, raconte un quotidien devenu pesant depuis l’automne dernier. « Il y a des dealers qui sont installés sur la terrasse tous les jours depuis le mois d’octobre », affirme-t-il sans détour, sous couvert de l’anonymat. Selon lui, la situation aurait progressivement glissé d’une présence ponctuelle vers une occupation quasi permanente de certains espaces. « Au début, c’était diffus. Et puis c’est devenu une habitude. Vous avez des groupes qui restent là, qui stationnent, qui traînent pendant des heures. On voit les transactions. Ce n’est pas forcément caché. »

Derrière les terrasses, les pintes et l’image festive de la célèbre « rue de la Soif », une autre réalité se serait installée depuis plusieurs mois, plus brutale. Elle n’a surpris personne. « Franchement, quand on a appris ce qui s’était passé, on s’est dit : ça devait arriver un jour », souffle le même habitant du quartier. Présents quotidiennement, les dealers ne sont plus installésà l’extrémité des rues, comme précédemment. Ils avaient pris possession de la terrasse du Melting pot « Ils gênent parfois fortement l’accès à l’immeuble puisqu’ils restent devant la porte. Quand vous rentrez chez vous, il faut passer au milieu des groupes. Parfois ça se passe bien, parfois il y a des remarques, des tensions, une ambiance qui met mal à l’aise. » Désormais, le problème dépasse largement les seules nuisances nocturnes souvent associées à la rue Saint-Michel. « On parle beaucoup du bruit, des étudiants ou de la fête. Mais là, ce n’est pas cela la difficulté. Là, on parle d’une rue qui devient compliquée à vivre au quotidien. »

Depuis plusieurs mois, des habitants auraient tenté d’alerter les autorités. « On a alerté plusieurs fois le bailleur », affirme ce voisin. « Je ne sais pas exactement ce qui est remonté aux autorités compétentes et au propriétaire du bar ensuite ou pas, mais nous, en tout cas, on n’a jamais eu trop de retour. À un moment donné, la gestion d’une terrasse et de ce qui se passe autour, cela relève aussi de responsabilités. » Des mots qui résonnent particulièrement aujourd’hui alors que la préfecture vient de décider la fermeture administrative du Melting Pot pednant deux mois, établissement directement associé aux événements du 15 mai. 

Selon les éléments rapportés, l’agression se serait produite en plein milieu de l’après-midi vers 17 heures lorsqu’un groupe d’une dizaine d’individus cagoulés, certains armés de couteaux et de barres de fer, aurait déboulé dans la rue avant qu’une partie d’entre eux ne pénètre dans le bar à la recherche d’un homme. Ce dernier, âgé de 28 ans, aurait reçu un coup de bouteille avant d’être poignardé dans le dos. L’arrêté préfectoral justifiant la fermeture du Melting Pot évoque une « particulière gravité des faits » dans un secteur très fréquenté, notamment par les jeunes. Au passage, il mentionne des interventions policières « récurrentes » entre novembre 2025 et mai 2026 ainsi que « l’implantation d’un point de deal devant l’établissement. » 

Pourtant, la décision ne fait pas l’unanimité. À la tête du Melting Pot depuis vingt-sept ans, Soazig Le Guillou refuse d’endosser seule les responsabilités d’un phénomène qu’elle juge plus large. « Oui, le secteur est mal fréquenté certains soirs, on fait comme on peut. À ce moment-là, autant fermer tous les bars du secteur ! », s’agace la gérante dans les colonnes du journal Ouest-France. « C’est trop facile de s’en prendre aux commerçants qui sont aussi des victimes de l’insécurité », insiste-t-elle. Pour elle, les bars du quartier seraient confrontés à une situation qui dépasse largement leurs capacités d’action. 

Chez certains riverains pourtant, la fermeture temporaire est perçue comme un électrochoc nécessaire. « Deux mois, c’est sévère, ce n’est pas anodin. Mais honnêtement, ça montre qu’il y a enfin un acte fort qui est posé », estime le voisin interrogé. « Je comprends aussi la gérante quand elle dit qu’elle souffre de la situation. Mais le métier a peut-être changé aujourd’hui. Quand la rue évolue, il faut parfois adapter la sécurité aussi. Certains établissements voisins disposent désormais d’agents de sécurité plusieurs soirs par semaine. » 

Autre sujet sensible évoqué par ce riverain : le sentiment d’un retrait progressif des pouvoirs publics. Sans pouvoir confirmer officiellement ces éléments (la mairie ne nous répond plus depuis belle lurette!), des consignes limiteraient certaines interventions de la police municipale de Rennes en soirée rue Saint-Michel. « Les policiers font ce qu’ils peuvent, je ne leur jette pas la pierre », nuance-t-il. « Mais on comprend aussi qu’ils n’ont pas forcément les moyens, les formations ou l’équipement adaptés à certains trafics. Sauf qu’au final, pour les habitants, la situation ne s’améliore pas. »  Régulièrement, la mairie rappelle toutefois que la police municipale (non armée) continue d’intervenir dans le cadre de ses compétences, en complément de la police nationale. « Les problématiques liées aux trafics de stupéfiants et aux violences relèvent principalement des services de l’État », martèle-t-elle, lors des différents conseils municipaux. 

Plus largement, c’est l’évolution même de la rue Saint-Michel qui inquiète. Longtemps symbole des nuits rennaises étudiantes, la rue donnerait aujourd’hui à certains habitants le sentiment d’un basculement. « On voit une grosse baisse de fréquentation », observe le riverain. « Et mécaniquement, moins il y a de clients des bars, plus les deals deviennent visibles. Avant, ça se mélangeait davantage dans le flux. Maintenant, cela saute aux yeux. » Selon lui, le centre névralgique du trafic se serait progressivement déplacé vers cette portion du centre-ville, notamment après des aménagements réalisés sur d’anciens points de rassemblement du quartier Sainte-Anne. 

« À force, les gens s’adaptent », raconte un habitant du secteur. « Vous changez votre itinéraire, vous évitez certaines heures ou certains endroits. Quand on commence à faire ça dans sa propre rue, c’est qu’il y a déjà un problème. »

Alors que l’enquête devra désormais déterminer le rôle précis des trois mis en examen dans cette violente agression, une autre question continue de traverser les discussions entre habitants, commerçants et habitués du quartier : le drame du 15 mai était-il le symptôme d’une situation laissée trop longtemps se dégrader ? Pour beaucoup, la réponse semble déjà toute trouvée. Reste qu’entre le discours institutionnel et le ressenti d’une partie des habitants, un fossé semble s’être installé au fil des mois. Pour plusieurs riverains, le coup de couteau du 15 mai agit aujourd’hui comme un révélateur brutal d’un malaise plus ancien. « Quand vous en arrivez à une expédition avec des gens cagoulés, armés de couteaux et de barres de fer en plein après-midi, c’est qu’il y avait déjà un problème avant », résume le voisin interrogé. « Ce n’est pas quelque chose qui tombe du ciel du jour au lendemain. »

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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