Elle vivait à quelques mètres d’une route très fréquentée, à l’abri des regards, dans un sous-bois discret longeant la rocade nord de Rennes. Une tente, quelques affaires, une radio pour rompre le silence. C’est là que Ghislaine, 63 ans, passait ses journées et ses nuits depuis plusieurs mois. Lundi 18 mai 2026, cette femme sans domicile fixe a été retrouvée morte à Saint-Grégoire, près de Rennes.
Ce matin-là, vers 9 h 10, un agent communal procédant au fauchage des accotements aperçoit un corps dans un bosquet, à proximité de la rue du Général-de-Gaulle, non loin du centre hospitalier privé de Saint-Grégoire. Très vite, les secours et les enquêteurs convergent sur place. Les policiers de l’identité judiciaire effectuent des constatations pendant plusieurs heures. Dans un premier temps, l’identité de la victime n’est pas rendue publique. Le parquet évoque seulement une femme au « mode de vie marginal ».
Très vite, la piste criminelle est rapidement écartée. Mais derrière cette formule administrative se trouvait une femme avec un prénom, une famille et une histoire. Elle s’appelait Ghislaine P.. Née le 10 juin 1962 à Pontorson, dans la Manche, elle avait 63 ans. Selon les informations recueillies par le collectif Dignité Cimetière, qui accompagne les personnes décédées dans l’isolement, elle vivait depuis un certain temps dans ce petit campement discret au nord de Rennes.
Pour les bénévoles et travailleurs sociaux qui la croisaient, Ghislaine était une femme discrète, parfois insaisissable, mais jamais totalement coupée des autres. Depuis 2021, le Samu social de la Croix-Rouge à Rennes la rencontrait régulièrement lors de maraudes sur le secteur de Saint-Grégoire. « C’était quelqu’un de très discret », a confié récemment François Tripoz, du Samu social dans les colonnes du journal Ouest-France. « Elle était contente qu’on vienne la voir et qu’on pense à elle. »
Lors de ces rencontres impromptues, cette femme acceptait sans doute un repas chaud, quelques vêtements ou une tape amicale. De son parcours, peu de choses étaient connues jusqu’ici. Mais les recherches menées après son décès ont permis de dessiner les contours d’une vie plus dense qu’il n’y paraît. Selon Hervé Descottes, membre du collectif Dignité Cimetière, Ghislaine Peron était mère de deux filles nées à Rennes. L’une d’elles, née en 1989, se serait mariée récemment dans la Sarthe. Ghislaine était aussi grand-mère d’une petite-fille. « Elle a une petite-fille », précise sobrement le bénévole.
des démarches sont engagées pour retrouver ses proches et savoir s’ils souhaitent organiser les obsèques. » Hervé Descottes.
Avant la rue, Ghislaine aurait également exercé un métier : chauffeuse de bus. On ignore encore où exactement, même si plusieurs éléments de sa vie semblent la rattacher à la Manche, notamment Agon-Coutainville, où elle était suivie médicalement, ou encore Tourville-sur-Sienne, où elle aurait vécu plusieurs années. Pour le collectif Dignité Cimetière, ces détails comptent pour redonner un visage à celles et ceux qui meurent dans une grande solitude.
Si aucun proche ne prend en charge les obsèques, l’association organisera un hommage civil. « Pour ce type de cérémonie, on essaie de personnaliser au maximum », explique Hervé Descottes. « Si elle était chauffeuse de bus, on pourrait par exemple mettre un petit bus sur le cercueil. On veut retrouver ce qu’elle a vécu de plus beau dans sa vie. » À Rennes et Saint-Grégoire, le collectif accompagne de plus en plus de personnes mortes seules, sans ressources ou éloignées de leur famille. Depuis le début de l’année 2026, une vingtaine de décès dans l’isolement ont déjà nécessité leur intervention. En février dernier, un autre homme sans domicile fixe, Jean-Pierre, avait lui aussi été retrouvé mort à Saint-Grégoire, à quelques centaines de mètres seulement de l’endroit où vivait Ghislaine.


