Les amateurs de littérature aiment rappeler que Céline, Kundera, Féval, Chateaubriand et Merle ont vécu à Rennes. Mais très peu pensent à Michel Mohrt, lauréat de la Faculté de droit à Rennes en 1934. Il est tout simplement oublié. Comme mort dans la mémoire rennaise !
Il est vrai que le bonhomme n’avait pas le profil pour séduire l’intelligentsia locale : avocat, diplômé de l’École militaire d’infanterie de Saint-Maixent, sous-lieutenant au 3e R.I.A., croix de guerre après avoir repoussé une attaque italienne dans les Alpes en 1940. Pas vraiment le pedigree qu’on aime mettre en avant dans les salons feutrés rennais. Ajoutez à cela sa longue carrière au Figaro et…cela fait un auteur pas très sexy pour les chercheurs de Rennes 2.
Et pourtant… L’écrivain valait son pesant d’or. Dès 1946, il part diriger une maison d’édition à Montréal, puis enseigne aux États-Unis (Yale, Berkeley, Middlebury, Smith, Mills College…). Polyglotte, conférencier de l’Alliance française, il se forge une stature internationale. De retour à Paris, il entre chez Gallimard, prend la tête du département des littératures anglo-saxonnes, devient un passeur de Kerouac et de Faulkner, et publie une quarantaine de livres.
Dans ses ouvrages, il racontait des marins, il racontait la Bretagne. En 1962, il décroche le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour La Prison maritime. Suivent le prix Bretagne, le Grand Prix de la critique littéraire (1970), le Grand Prix de littérature de l’Académie (1983), puis le Grand Prix du roman de la Ville de Paris (1990). Couronné, enfin, par son élection à l’Académie française en 1985 : il occupe le fauteuil 33, celui-là même de Voltaire.
Un homme « de retenue anglo-saxonne et d’ardeur italienne », disait le Magazine littéraire à sa mort, le 17 août 2011 à Neuilly. Un écrivain admiré par Erik Orsenna, célébré pour son Tombeau de la Rouërie (Gallimard), où il esquisse quelques pages sur Rennes. Michel Mohrt n’était pas qu’un académicien poussiéreux : c’était un grand écrivain breton, un aventurier des lettres, et un passeur entre continents. Mais à Rennes, on a oublié son nom. À croire que la ville préfère ne plus se souvenir de ses propres enfants.



