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VIOLENCES NOCTURNES : LE TÉMOIGNAGE ACCABLANT D’UN « VIEUX » SERVEUR RENNAIS

Il y a quelques semaines, le samedi 7 juillet 2018, un garçon de 24 ans, Dorian Guemené était tué par quatre individus devant la discothèque L’Espace. Choqué par ce meurtre, le serveur d’un bar rennais, Alexandre (prénom d’emprunt) tenait à témoigner auprès de notre journal contre les violences nocturnes. À l’époque nous décidions de différer ce témoignage pour éviter, comme on dit souvent, d’en rajouter une couche…

Depuis, deux agressions au couteau ont émaillé les nuits rennaises. Lundi 31 juillet, esplanade du Général de Gaulle, un homme âgé de 41 ans a reçu un coup de couteau au cou et, vendredi dernier, toujours sur l’esplanade, un homme de 28 ans a été blessé au dos et au mollet. Devant cette succession de drames, le témoignage d’Alexandre devient de plus en plus d’actualités…

                      Dépassés par les évènements

“Je ne veux plus travailler la nuit”, explique Alexandre. “À 4h30, quand je sors de mon travail, je vois des gens se faire agresser à coups de couteau et des filles se faire taper dessus. C’est bête à dire. Mais je pense que les hommes de la BAC (brigade anti-criminalité) n’ont plus les moyens d’intervenir. C’est mon ressenti et je pense que c’est vraiment grave ce qui se passe…”

“Entre les mineurs isolés qui font la loi et les trafiquants qui font leur business, les policiers ont souvent l’impression de ne rien pouvoir faire. Ils n’hésitent pas à nous le dire et ils ne comprennent pas pourquoi les délinquants sont si vite relâchés.” Devant cette délinquance, le Rennais marque son désarroi. “Quand vous êtes attendus à la sortie des boîtes pour vous faire dépouiller de vos téléphones, de vos cartes bleues, cela ne donne plus envie de sortir… “

                          La situation s’est dégradée

Agé de 31 ans, Alexandre a commencé à travailler à partir de seize ans dans la restauration à Rennes, dans le centre-ville. “La situation s’est vite dégradée malgré les caméras de surveillance. Des individus, souvent des mineurs isolés, sont aujourd’hui capables de braquer sans être masqués. En bas des tours de quartiers, même les dealers ne veulent plus de ces délinquants… Ils les appellent les sans cerveaux !”

Presque tous les jours, après des nuits agitées, Alexandre se rend chez les policiers. “J’en rigole avec les forces de l’ordre en leur disant qu’il me fallait une carte de fidélité chez eux ! J’ai même vu des militaires devant moi se faire agresser à coups de couteau et rien n’a été dit dans la presse. L’un d’eux s’est fait balafrer par un mineur de 15 ans…”

                        Des réseaux mafieux

Ces délinquants n’agiraient pas simplement pour leur famille. “Ils ne sont pas des pauvres Syriens. Ils agissent pour des réseaux mafieux car comment voulez-vous qu’ils écoulent leurs biens ! Beaucoup écoulent leurs biens sur Barbès.” Début juillet, Alexandre craignait même une croissance des rackets sur la dalle du Colombier et dans d’autres endroits de la capitale bretonne. “Ils sont de plus en plus structurés et bien organisés. Les uns font le guet et les autres dépouillent.”

Mais ce qui inquiète le plus Alexandre, ce sont les armes blanches. “Auparavant les voyous se battaient à mains nues. Aujourd’hui, ils n’hésitent plus à sortir les lames. Il faut arrêter de fermer les yeux. J’ai vraiment le sentiment que les politiques sont vraiment dépassés par les événements.”

La phrase du jour : “Promenez-vous à 1h30 rue Saint-Michel vous trouverez obligatoirement des mineurs isolés à faire les poches des gens. Tout le monde le sait très bien. Il faut agir entre 1 heure et 1h30 à la sortie des bars ou bien plus tard devant un certain nombre de boîtes rennaises à l’exception de L’Espace jugé trop proche du commissariat de la Tour d’Auvergne par nos délinquants.”

 

 

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

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