À Rennes, la cantine n’est pas qu’une affaire de repas scolaires. Lundi soir, au conseil municipal, la majorité a validé la construction d’une seconde cuisine centrale à Noyal-Châtillon-sur-Seiche, en plus de celle déjà en service à Beauregard. Ce projet à 30 millions d’euros est pensé comme un outil de transformation politique autant qu’alimentaire.
« Un levier contre la précarité alimentaire »
Cette cuisine centrale fournira des repas pour les écoliers de Rennes, de Chantepie, Montgermont et Saint-Jacques-de-la-Lande. Mais pas seulement ! Certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et crèches, comme les restaurants administratifs de la capitale bretonne, bénéficieront de ses services. Pour les écologistes, à l’origine du projet, l’enjeu dépasse largement la logistique. « En quatorze ans, la proportion de personnes qui ne mangent pas à leur faim a presque quadruplé », a rappelé l’élue Lucile Koch-Schlund.
« L’accès à une alimentation saine ne peut plus être considéré comme acquis. Si le gouvernement n’en fait pas une priorité, nous, au niveau local, nous en faisons une. La restauration collective est un levier majeur. Fini l’ultra-transformé dans les assiettes des enfants ! Avec une légumerie, une boucherie et une pâtisserie, nous pourrons cuisiner nos propres plats et desserts à partir de produits locaux. Demain, ce seront des repas goûteux, mijotés, qui sortiront de cette cuisine. »
Adjoint à l’alimentation durable, Ludovic Brossard, défend lui aussi une vision politique. « Ce n’est pas seulement une question technique. Ce projet porte une idée simple : le plaisir dans l’assiette pour les enfants. Certains préfèrent l’immobilisme, mais c’est l’assurance d’un modèle qui va droit dans le mur. Nous assumons de faire le choix d’une alimentation locale et bio dans les restaurants scolaires, au bénéfice des enfants et au service d’une agriculture rémunératrice et ancrée dans le territoire. »
Bio, circuits courts et sortie du plastique
Concrètement, la future cuisine centrale doit préparer avec Beauregard 18 500 repas par jour d’ici 2030. Elle s’appuiera sur des circuits courts, visera le 100 % bio d’ici 2032 et sortira définitivement du plastique. « Cet outil sera aussi un équipement de coopération avec les agriculteurs, avec une légumerie attendue par les maraîchers pour écouler leur production. Il sera complété par un atelier dessert, un atelier boucherie, un espace de stockage, pour les dons alimentaires et une unité de surgélation », souligne Ludovic Brossard.
Nous allons réduire notre dépendance à l’agro-industrie. C’est crucial, à l’heure où le secteur bio et local est en difficulté. » Lucile Koch-Schlund
Le calendrier est serré : permis de construire à l’été 2026, chantier en 2027, et ouverture en septembre 2029. Le bâtiment sera créé avec des matériaux biosourcés, produira sur place la moitié de son électricité et recyclera ses eaux de pluie et de lavage. « Nous croyons en un service public de qualité, performant, exigeant, au profit de la santé de nos enfants. » Le coût de la future cuisine centrale est estimé à 25 millions d’euros. Le marché de maîtrise d’œuvre vient d’être attribué à un groupement conjoint, chargé de concevoir un ouvrage de plus de 3 000 m². Celui-ci devra répondre à des standards environnementaux élevés : recours à des matériaux biosourcés, récupération des eaux de pluie et production d’électricité directement sur site.



