À Rennes, la démolition imminente de la dalle du parking Vilaine continue de fracturer les élus du conseil municipal. À quelques jours du coup d’envoi des travaux, l’opposition a multiplié les attaques contre un projet jugé dogmatique, coûteux et nuisible pour le commerce du centre-ville. Face à elle, la majorité a défendu une « étape essentielle » de la transition écologique et de l’avenir du cœur de métropole.
« Madame la Maire, dans quelques semaines débutera la destruction », a lancé Charles Compagnon, chef de file de la droite rennaise. « Ce choix, vous l’assumez dans une posture, sans jamais entendre les alertes depuis des mois. Vous vous réclamez sans cesse de la concertation, de la co-construction, de la démocratie participative… Mais sur ce dossier, vous êtes restée sourde. Sourde aux appels de votre opposition. Sourde aux courriers signés par la CCI, le MEDEF 35, la CPME 35, la CMA, l’U2P, la CAPEB, le Carré Rennais, la FNAIM, l’Union du Commerce, la FFB… Sourde enfin à la pétition de 500 commerçants. »
Le conseiller de droite déroule les chiffres. « À ce jour, le taux de vacance commerciale du centre-ville atteignait 10 %, soit 231 cellules vides sur environ 2 156 boutiques. Cela représente une hausse de +32 % en seulement deux ans. Et c’est le centre ancien qui est le plus touché : rues Saint-Georges, Saint-Michel, Pont-aux-Foulons, Penhoët, Saint-Melaine… autant de cœurs commerçants fragilisés, où les vitrines fermées se multiplient. La galerie des Trois Soleils, autrefois animée, a aujourd’hui la moitié de ses cellules fermées. » Dans ce contexte, il juge incompréhensible la suppression d’un parking central. « Vous prétendez revitaliser le commerce, mais vous retirez un outil essentiel à son attractivité. » Et de conclure, dans une attaque frontale. « Au fond, Madame la Maire, le seul emploi de centre-ville que vous semblez vraiment vouloir protéger… c’est le vôtre. »
La charge est relayée par Carole Gandon, porte-parole du groupe Révéler Rennes. « Notre groupe l’a toujours dit clairement : nous sommes favorables à un réaménagement ambitieux des quais de la Vilaine. Oui, cet espace mérite d’être repensé, mieux intégré dans la vie des Rennais, rendu plus agréable et plus vert. Mais ce n’est pas parce que nous partageons l’intention que nous devons accepter un projet mal pensé. »
Un parking rentable
Pour elle, le coût de l’opération est problématique. « Le parking Vilaine est le plus rentable de Bretagne : 1,5 million d’euros de recettes par an. Le détruire, c’est priver Rennes d’une ressource pérenne au moment même où vous augmentez la fiscalité locale. Et pour quoi ? Pour financer un chantier pharaonique de 30 millions d’euros. On démolit ce qui fonctionne pour construire une vitrine : c’est du gaspillage d’argent public. » Pour elle, encore, ce projet est encore loin d’être écologique. « Sous la dalle, ce sont neuf espèces de chauves-souris protégées qui trouvent refuge depuis des décennies. Chacune d’elles consomme jusqu’à 3 000 moustiques par nuit. En détruisant leur habitat, vous portez atteinte à la biodiversité et vous reniez vos engagements en matière de protection de la nature. »
Enfin, l’économie locale. « Durant plusieurs années, les nuisances des travaux vont affecter le quotidien des résidents et détourner la clientèle du centre-ville. En supprimant brutalement ce parking sans alternative crédible, vous organisez la mise en difficulté des commerces et des services de proximité, déjà fragilisés. Comment maintenir un centre-ville attractif et vivant si l’on décourage l’accès et si l’on prive les Rennais et les visiteurs de solutions de stationnement adaptées ? » Son verdict est sans appel : « Votre programme, tel qu’il est conçu, est une gabegie financière, une casse écologique et un désastre économique. C’est en somme le pire projet au pire moment. »
Face à ces critiques, Marc Hervé, premier adjoint à l’urbanisme, a défendu avec vigueur la stratégie municipale en lieu et place de Nathalie Appéré, maire de Rennes. « Plus personne ne doute du peu d’importance que vous donnez à la transition environnementale », a-t-il répliqué aux opposants. « Pour nous, la transformation écologique, elle a un sens. Oui, elle mérite un investissement fort. Les 2,5 millions d’euros liés au confortement de la dalle auraient de toute façon été dépensés. À partir du moment où on décide de la déconstruction, on mobilise le même niveau de moyens que pour maintenir ce qu’est cet investissement. »
Le bras droit de la maire replace ce chantier dans une perspective de long terme. « Les quais de la Vilaine ne sont qu’une étape, un jalon dans la transformation de notre ville. Ce n’est pas un moment isolé, mais une véritable étape qui succède aux bords de Vilaine, aux deux lignes de métro, aux plateaux piétonniers, à un certain nombre de réalisations dans cette ville. » Et d’ajouter : « Avec vous, ce n’est jamais le bon moment, jamais le bon budget, jamais la bonne méthode. Et à la fin, on sait ce que c’est : l’immobilisme. C’est l’immobilisme qui mènera l’ensemble de la collectivité dans le mur climatique. Nous, nous faisons le choix de l’ambition. »
Pour Marc Hervé (qui n’est jamais aussi bon que quand il sort de son discours technocratique), le cœur de la métropole doit être repensé afin d’attirer habitants et visiteurs. « Celui qui ne comprend pas que ce centre-ville doit être singularisé pour être performant par rapport au reste des destinations commerciales n’a pas compris ce qu’étaient les enjeux du coeur de Rennes et de son commerce. Pour qu’il y ait commerce de centre-ville, il faut qu’il y ait fréquentation. Pour qu’il y ait fréquentation, il faut qu’il y ait un lieu végétalisé, apaisé, qui permette à toutes et tous de venir en pleine quiétude. » Et de conclure en élargissant le débat : « L’été 2025 a été le troisième plus chaud jamais connu sur cette terre. Vous pouvez n’en avoir que faire. Pour nous, c’est une priorité. Nous devons aux commerçants comme aux habitants un centre-ville accessible, vivant, mais aussi adapté au climat de demain. »
Mais si les échanges se crispent dans l’enceinte du conseil, la controverse dépasse largement les murs de l’Hôtel de Ville. La pétition des commerçants, la division des acteurs économiques et les inquiétudes des riverains montrent que la question du parking Vilaine reste un sujet sensible. Dans les prochaines années, ce sont les Rennais qui jugeront, sur le terrain, si ce programme est une menace ou une promesse. Seul hic pour la majorité, ce projet ne sera visible qu’après les élections municipales.



