Il a suffi d’une nuit pour qu’ils commettent l’irréparable. Ils étaient trois jeunes, dont un mineur (qui sera jugé un autre jour), un étudiant et un joueur professionnel du Stade rennais. « Un trio de crétins », précise l’avocate d’un des prévenus. Dans la nuit du 20 juin 2026, ils se sont rendus coupables de vols de téléphones avec menaces, voire violences. Ils ont été jugés dans le cadre d’une comparution immédiate le 22 juin, devant le tribunal correctionnel de Rennes.
Les faits décrits par quatre victimes sont limpides. Une voiture ralentit, un passager leur ordonne de lui remettre les téléphones. En cas de résistance, un autre passager sort et les menace avec un couteau. Les six vols ont été commis entre 2 et 4h du matin, non loin de la plaine de Baud et de la rue de Paris. Ce que le tribunal a tenté d’éclaircir, c’est la motivation derrière ces actes. «On parle ici de deux jeunes socialement intégrés dans le milieu du sport ou des études. Leur casier judiciaire est vierge. Personne n’aurait pu deviner ce qu’ils allaient commettre,» explique l’avocate de l’un des prévenus.
Devant les magistrats, l’étudiant tente de s’expliquer. « Je travaille en intérim, gagne peu d’argent et j’en dois à ma famille, » confie-t-il .« J’ai fait cela parce que j’avais le sentiment de ne pas avoir le choix. Je ne suis pas méchant. J’ai toujours gardé le couteau à la main, pour que les victimes le voient, je ne l’ai jamais mis à la gorge. » Pour le second, joueur professionnel au SRFC, les motivations ont été impénétrables. « Quand ils sont venus me chercher, je ne savais pas vraiment ce qu’on allait faire. Après le premier vol, j’ai eu beaucoup de peine pour la victime. On aurait dû lui rendre son téléphone et tout arrêter à ce moment-là. On a tous eu cette pensée, mais on a continué.»
J’organisais le lendemain une fête pour la révélation du sexe de mon enfant. J’avais besoin d’argent rapidement. » L’étudiant
De l’autre coté de la barre, la vice-procureure Françoise Peucheret décrit, elle, une action organisée. «Ils étaient cagoulés. Ils savaient où ils allaient cacher les téléphones et comment les revendre, grâce à une connaissance du mineur. » Et de poursuivre. «Les prévenus ont chacun leurs excuses. Mais elles sont incompréhensibles pour des faits d’une telle violence. La peine que je requiers est la même pour les deux parce que leurs rôles sont déterminants : 24 mois d’emprisonnement dont 12 mois assurés d’un sursis simple. »
Dans le prétoire, la défense a choisi deux axes : la situation personnelle des individus et leurs remords. «Mon client a 18 ans. Il vit encore chez sa mère, a obtenu sa première année en administration économique et sociale et reçu des propositions pour des contrats pro de basket-ball», confie sa défense. Pour la deuxième avocate, il s’agissait d’un dérapage qui ne se reproduira pas. « Ce sont des jeunes encadrés, suivis et conseillés. Mais ce soir-là, il n’y avait personne auprès d’eux. Aujourd’hui, ils ont pris la mesure de ce qu’il s’est passé. Je crois que tout risque de récidive est écarté. »
On est des sportifs, on nous a inculqué les valeurs de respect et de bienveillance. C’est pour cela que l’on regrette »
Le footballeur a été déclaré complice d’extorsion et de vol avec violences, condamné à 18 mois d’emprisonnement avec un sursis probatoire de 2 ans. L’étudiant a été condamné, lui, à 18 mois d’emprisonnement dont 14 mois assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Il pourra bénéficier d’un aménagement de peine au travers d’une détention à domicile sous surveillance électronique. Tous deux devront également indemniser les victimes, justifier d’un programme d’études ou de travail ainsi que réaliser 70h de travaux d’intérêt général. En fin de séance, le président a terminé par une remontrance envers l’un des jeunes. « Ce qu’on attend d’un père, c’est d’être présent. Une fête, on peut la reporter. »


