L’arbre fait grise mine, sous ce temps pluvieux. À deux pas d’une mare… sans eau, il est entouré de barrières métalliques. Deux de ses branches ont déjà été coupées. « On ne sait pas trop ce qu’il va devenir », explique un gardien. « Mais il y a de fortes chances qu’il soit abattu. » Expert ès plantes, Pascal Branchu, président de l’association Nature en ville, en a assez de se répéter. « Et dans les quartiers, beaucoup d’arbres souffrent. c’est encore pire que dans ce jardin classé patrimoine remarquable (donc avec des moyens supplémentaires) », précise-t-il.

Le 21 janvier dernier, il y a quelques jours, une autre scène avait surpris riverains et promeneurs (voir notre article). Dans le cloître de l’église Notre-Dame-en-Saint-Melaine, en bordure du parc du Thabor à Rennes, un tilleul, s’était effondré sur l’herbe. Sur la pelouse détrempée, des branches gisaient encore au sol, à quelques mètres des arcades sculptées. Aucun blessé n’était à déplorer, malgré la présence de quelques personnes sans domicile fixe, mais l’image interrogeait tant ce lieu est emblématique du patrimoine rennais.
Pour Pascal Branchu, membre de l’association Nature en ville, cet incident n’avait rien d’imprévisible. « On voyait déjà qu’il n’était pas en bonne forme. Il manquait clairement de lumière », explique-t-il. Selon lui, une fragilisation interne est probable. « Au regard de la casse du fût, on peut penser à un champignon lignivore, un chaga ou autre. Ces champignons mangent l’arbre de l’intérieur. On ne s’en rend compte que trop tard si l’arbre n’est pas surveillé régulièrement. »
Ce type de pathologie n’est pas rare en milieu urbain, mais il exige un suivi rigoureux. « Un arbre, comme le reste, a besoin d’entretien, de visites, de diagnostics. Là, on voit bien que ce n’était pas suffisant », estime Pascal Branchu. Pour l’association, le problème dépasse largement le cas de Saint-Melaine. « Cela fait quinze ans que le budget des espaces verts n’a pas évolué, alors que, dans le même temps, d’autres postes, comme la communication ou certaines politiques climat de la métropole, ont fortement augmenté. Ce sont des choix politiques. »
Dans nos colonnes, Nature en ville dénonçait un écart croissant entre les discours et la réalité du terrain. « On voit régulièrement des arbres en mauvais état à Rennes. Beaucoup de guis ne sont pas retirés et fragilisent les points d’ancrage. » Sans se positionner « contre la mairie », l’association revendique un rôle d’alerte. « On n’est pas là pour polémiquer, mais pour rappeler que derrière les engagements pris devant les électeurs, il doit y avoir des actes. L’entretien du patrimoine végétal n’est pas accessoire. C’est une question de sécurité, de biodiversité et de cohérence politique. »
Contacté après notre article par le journal Ouest-France, le service des jardins mettait en avant « l’excès d’eau des dernières semaines, combiné au vent », pour expliquer la cassure de l’arbre au niveau d’un « point de faiblesse structurel». Au passage, il assurait mordicus que les arbres du Thabor font l’objet d’expertises régulières, dont la fréquence varie selon leur état sanitaire. Sur le terrain pourtant, l’arbre ceinturé de barrières métalliques continue de susciter l’inquiétude. Il reste là symbole discret mais parlant des fragilités…


