Sous un ciel estival, les immenses arches de bois dessinent déjà une silhouette spectaculaire au cœur du parc des expositions de Rennes. À l’endroit même où résonnaient hier quelques grands concerts des Transmusicales, le futur MusikHALL prend forme. Ou plutôt se métamorphose grâce au groupe Pigeault, en partenariat avec Rennes Métropole et exploité demain par Citédia.

Suspendue dans le vide, cette gigantesque charpente en lamellé-collé n’a plus de toitures ni de murs. Elle est conservée comme une colonne vertébrale patrimoniale du lieu. Le choix de conserver la charpente de 1993 n’est pas anodin. Il répond aussi à une logique environnementale assumée. « On aurait pu supprimer toute la structure et reconstruire. Cela aurait sans doute été plus simple économiquement. Mais il y avait une volonté forte du groupe Pigeault et de Rennes Métropole de privilégier une rénovation », explique l’équipe projet.
Sur place, les engins de chantier ont laissé place, le temps d’une visite officielle, à une cathédrale de bois ouverte sur le ciel. « Ce qui était vraiment très important dans ce projet, c’était de pouvoir conserver au maximum la structure. Ce que vous voyez ici, c’est la charpente originelle », explique un responsable du chantier au moment d’entrer dans le hall dénudé.
Après le MEM, le MusikHALL
De loin, l’ossature semble intacte. En réalité, elle fait l’objet d’un important travail technique. Elle sera consolidée afin de supporter les nouvelles charges du bâtiment. « Le lamellé-collé, c’est toujours du sapin, souvent des bois du nord de l’hémisphère parce qu’ils grandissent plus lentement et offrent de meilleures résistances », détaille Nicolas Ridard, responsable technique du projet pour le groupe Pigeault (à gauche sur la photo).
L’enjeu est majeur. Les trois porteurs du projet veulent faire du futur MusikHALL un bâtiment plus performant, moins énergivore avec une centrale photovoltaïque de 495 kWc réalisée par Émeraude Solaire. À partir de 2027, elle produira près de 550 MWh d’électricité renouvelable par an, dont plus de la moitié sera consommée directement sur site.
Mais le chantier ne consiste pas seulement à sauver l’existant. Le bâtiment s’étendra également sur ses quatre côtés. Un vaste lobby vitré verra le jour à l’avant pour accueillir le public avec bar, billetterie et vestiaires. À l’arrière, des loges et espaces techniques seront aménagés pour les artistes ; sur les côtés, des sanitaires et locaux techniques viendront compléter l’ensemble.
À travers cette nouvelle salle de spectacle, l’ambition est de permettre enfin à Rennes d’accueillir des productions qui contournaient jusque-là la capitale bretonne faute d’équipement adapté. Jadis, le hall 9 pouvait accueillir environ 7 000 personnes dans une configuration limitée. Demain, le MusikHALL pourra recevoir jusqu’à 9 000 spectateurs en configuration « debout », et environ 4 000 en version assise grâce à une nouvelle tribune rétractable de 2 000 places. « La rénovation du MusikHALL a pour ambition de faire de cet équipement la salle de référence du Grand Ouest pour l’accueil des grandes tournées nationales et internationales. »
Pour cet endroit, l’acoustique constitue l’un des aspects les plus sensibles du chantier. Car accueillir de grands concerts suppose aussi de limiter les nuisances sonores pour les riverains. « Les portes extérieures, les sas, les faux plafonds, tous les ouvrages qui composent le bâtiment sont pensés pour cela », insiste Alexis Biard, chargé de la coordination du chantier.
À l’intérieur, des plafonds absorbants, des panneaux en laine de roche et des rideaux acoustiques limiteront les échos et la réverbération. À l’extérieur, une enveloppe renforcée empêchera les basses de se propager. « Il y a vraiment presque deux enveloppes : une extérieure pour limiter les nuisances, et une intérieure pour garantir un confort d’écoute intéressant », résume le maître d’œuvre.
Pour Nathalie Appéré, maire de Rennes et présidente de Rennes Métropole, ce chantier représente « une excellente nouvelle pour notre territoire ». « Ce nouvel équipement métropolitain, très attendu par les habitants, viendra compléter et renforcer l’offre culturelle du territoire. Il permettra l’accueil de grands événements et de tournées nationales et internationales », souligne l’élue, qui insiste aussi sur « un projet responsable et exemplaire, à la fois économe en carbone et en deniers publics ».
À terme, le site sera desservi par le futur trambus et connecté au réseau express vélo. Le chantier, lancé par une phase de déconstruction en décembre 2025, doit encore franchir plusieurs étapes majeures. Le gros œuvre doit s’achever fin 2026. La mise à disposition à Citédia est prévue en mars 2028, avant une première utilisation lors du SPACE, en septembre 2028.
Les premiers concerts devraient suivre dès octobre 2028. Sous la charpente géante encore ouverte aux vents, il faut un peu d’imagination pour entendre déjà les premiers riffs de guitare ou les basses d’une tournée internationale. Pourtant, dans trois ans à peine, ce vaste squelette de bois pourrait bien devenir l’un des nouveaux poumons culturels de la métropole rennaise.


