Notre rédaction a obtenu, en exclusivité, une copie de la lettre adressée à plusieurs commerçants du quartier de Villejean, à Rennes, ce lundi. Ce courrier, signé « Cartel V », prétendait offrir sécurité et sérénité aux commerçants du secteur en échange d’une rémunération hebdomadaire. Sur fond de trafic de stupéfiants, le message, rédigé en lettres majuscules, annonçait que cette somme sera ramassée « chaque dimanche en toute discrétion ». Il prévenait que « cette offre sécurité n’est pas une option » et se concluait sur une menace directe : « Tout commerce qui décline cette sécurité se verra sévèrement sanctionner ! » Selon les informations publiées par notre site, plusieurs commerçants de la dalle Kennedy ont effectivement reçu cette lettre, immédiatement signalée aux autorités.
Ce courrier attire immédiatement l’attention par son nombre impressionnant de fautes d’orthographe et de grammaire. On y relève par exemple « tout ces commerçants » au lieu de « tous ces commerçants ». On y lit « veillé sur vous » au lieu de « veiller sur vous », ou encore « nous vous assurons sécurité, tranquillité et sérénités », alors que « sérénité » ne prend pas de pluriel. Le texte continue son florilège d’erreurs avec « une rémunération hebdomadaire sera ramasser » au lieu de « ramassée », « tout commerces » au lieu de « tous les commerces », et « se verra sévèrement sanctionner » au lieu de « sanctionné ». L’ensemble, truffé de maladresses syntaxiques et de ponctuation, donne au document un ton autoritaire, mais approximatif.
Malgré ce français défaillant, cette lettre s’inscrit dans un contexte local déjà tendu, marqué par plusieurs incidents récents autour des commerces de Villejean et de la dalle Kennedy (fusillade du Subway). Le conseiller municipal de l’opposition, Charles Compagnon, voit dans cette nouvelle affaire « un signal d’alarme pour Rennes » et appelle à une réaction rapide des autorités. Si son écriture maladroite prête à sourire, son contenu, lui, rappelle qu’il s’agit bien d’une tentative de pression sur des commerçants déjà fragilisés. Pour rappel, les premières investigations ont rapidement conduit à l’interpellation de deux mineurs, déjà connus défavorablement des services de police. Placés en garde à vue, ils ont été entendus par les enquêteurs avant d’être relâchés. « Les gardes à vue des deux mineurs ont été levées, mais l’enquête se poursuit. Celle-ci permet en effet, en l’état, de penser que ces deux jeunes, qui ont été très récemment recrutés pour distribuer des enveloppes, n’avaient pas connaissance de leur contenu. Les investigations visent à identifier le ou les donneurs d’ordre », a indiqué le procureur de la République, Frédéric Teillet. Le parquet cherche à comprendre l’origine de ces lettres de chantage.


