Il est un peu plus d’une heure du matin, ce 7 septembre 2022. Les policiers de l’Office anti-stupéfiants (Ofast), épaulés par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Nantes, mettent en place une opération pour intercepter le véhicule d’Abed Ammar. L’homme, alors âgé de 26 ans, est soupçonné de transporter de la cocaïne depuis la région parisienne jusqu’en Bretagne. Dans sa Peugeot se trouvent 110 grammes de poudre, ainsi que Laura, sa compagne âgée de 22 ans, sans aucun antécédent judiciaire.
Pour ralentir la voiture, les policiers simulent un accident, à proximité de la porte de Lorient, sur une bretelle de la rocade. Ils portent des gilets jaunes et se tiennent derrière la rambarde. Ammar s’arrête quelques instants, croit à un accrochage, puis redémarre bien vite. Quelques mètres plus loin devant lui, de nouveaux véhicules barrent la route. Les policiers sortent, brassards et lampes torches visibles, et crient : « Police ! ».
Le policier, mis en examen pour homicide involontaire, avait bénéficié d’un non-lieu en avril 2025
Pris de panique, le conducteur tente de contourner l’obstacle. C’est alors qu’un policier, se voyant acculé contre sa propre voiture, tire un coup de feu. Son unique balle traverse le bras droit du chauffeur avant de se loger dans la poitrine de Laura. Quelques minutes plus tard, malgré l’intervention des secours, la jeune femme s’effondre et meurt sur place, vers 2 h du matin.
Après cette terrible nuit, le policier tireur est mis en examen pour homicide involontaire. Mais en avril 2025, il bénéficie d’un non-lieu, ayant agi en état de légitime défense selon le juge d’instruction. C’est donc seul qu’Abed Ammar s’est retrouvé sur le banc des prévenus ce jeudi 11 septembre, accusé d’avoir provoqué par sa conduite la mort de sa compagne. Une semaine avant son procès, le 4 septembre 2025, Abed Ammar avait comparu devant le tribunal pour demander sa remise en liberté après trois années passées en détention provisoire. À l’audience, il avait assuré ne pas chercher à fuir ses responsabilités. « Je ne suis pas contre la justice,», avait-il déclaré. « Je continuerai à assumer. Ce matin-là, ce fut le pire moment de ma vie. J’ai perdu ma compagne. »
Ce n’est pas moi qui avais l’arme », a précisé le prévenu.
Son avocate avait mis en avant sa capacité d’introspection et ses remords : « Il se sent une responsabilité terrible. C’est la pire décision de son existence, et il l’accepte. Ces trois années en prison n’ont pas été vaines », plaidait-elle. De l’autre côté de la barre, la présidente avait rappelé son « ancrage dans un comportement délictueux », lié à son usage de stupéfiants et à son casier judiciaire fourni. Le procureur avait, lui, souligné le risque élevé de récidive et demandé son maintien en détention. Le tribunal avait suivi ces réquisitions, estimant que les garanties apportées par le prévenu restaient insuffisantes.
Ce jeudi 11 septembre, le prévenu âgé de 29 ans était jugé par le tribunal correctionnel. Déjà condamné dix fois auparavant, notamment pour refus d’obtempérer, il comparaissait pour violences contre un fonctionnaire de police et homicide involontaire. Après délibération, les magistrats rennais l’ont condamné six ans d’emprisonnement ferme.
JEUNE FILLE TUÉE LORS D’UNE OPÉRATION ANTIDROGUE : CE QU’EN DIT LA JUSTICE


