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mercredi 11 mars 2026
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Bretagne : les étudiants en kinésithérapie en ont plein le dos

En Bretagne, la formation en masso-kinésithérapie devient pour beaucoup une épreuve d’endurance. Elle serait marquée par des inégalités criantes et une précarité grandissante. C’est le constat accablant d’une enquête menée auprès des étudiants de la région, sur la base d’un questionnaire diffusé par la Fédération nationale des étudiants en kinésithérapie (FNEK) entre novembre 2024 et février 2025.

Parmi les 1750 répondants au niveau français, 142 sont issus de la région Bretagne, soit près d’un tiers des étudiants en kiné bretons. Leurs retours mettent en lumière un système de formation profondément déséquilibré, dans lequel les conditions d’études varient brutalement selon le lieu et le statut de l’institut. À Rennes, les étudiants du seul IFMK privé de la région paient 7 749 € de frais de scolarité par an, soit plus de 30 000 € sur l’ensemble des quatre années de formation. À Brest, en revanche, l’IFMK public applique les frais universitaires classiques, entre 175 € et 250 € par an. Cette différence de plus de 8 000 % pour une même formation, sanctionnée par le même diplôme d’État, est l’une des principales causes de précarité pour les étudiants rennais.

Naturellement, ces inégalités financières ont des effets directs sur les conditions de vie. Près de 86 % des étudiants doivent travailler en parallèle de leurs études, souvent au détriment de leur santé. Ce qui n’est pas sans conséquence ! 28 % déclarent que cela nuit à leur état de santé, et 36 % estiment que la qualité de leur formation en souffre. En moyenne, un étudiant du privé emprunte 31 394 €, contre 20 608 € dans le public.

Un tiers des étudiants bretons affirment rencontrer des difficultés financières tous les mois, et la moitié a vu sa situation se dégrader depuis son entrée en formation.

Après cette enquête, les témoignages recueillis confirment ces données. Pauline, étudiante en 2e année à Rennes, raconte son quotidien. « Je suis stressée en permanence et la précarité n’améliore rien. Je risque la rupture de mon contrat de fidélisation. Je n’ai pas les moyens de financer ma formation. » Arthur, en 4e année à Brest, ne dit pas mieux. « J’ai la tête sous l’eau. J’ai peur de ne pas y arriver tant il y a de travail. Avoir au-dessus de la tête une dette de plus en plus grande au fil du temps n’aide pas. »

Censées amortir ces difficultés, les aides régionales parviennent souvent trop tard. Près de 30 % des boursiers reçoivent leur bourse après le 5 du mois, tout comme les indemnités de stage. 88 % des étudiants perçoivent même ces dernières en dehors du cadre légal, 9 % entre trois et six mois après la fin de leur stage. « Ces stages, qui représentent un tiers de la formation, sont fréquemment effectués loin du domicile principal », ajoute l’enquête. « 45 % des étudiants ont dû payer un deuxième loyer, sans accompagnement.»

Les indemnités versées — entre 1 € et 1,90 € de l’heure — sont très inférieures au montant réclamé par les étudiants (4,15 €/h).

Outre les logements CROUS souvent inaccessibles, des frais de transport élevés, l’alimentation devient un autre point critique. Un étudiant sur quatre ne mange pas à sa faim. « Deux tiers des élèves bretons n’ont pas accès aux repas à 1 €, et même parmi les boursiers, 29 % n’en bénéficient pas. Cette exclusion a des conséquences visibles sur la santé. 37 % déclarent avoir renoncé à des soins pour raisons financières, 50 % annoncent avoir souffert de troubles de santé mentale depuis leur entrée en formation, et 85 % ressentent une forme d’anxiété scolaire. »

À Rennes, 74 % des étudiants se disent aussi écartés de l’université à laquelle leur IFMK est pourtant rattaché. Neuf sur dix n’ont jamais eu accès au Service de Santé étudiante. À Brest, la situation serait meilleure, mais 30 % d’entre eux se sentent également exclus. Dans ce contexte, 28 % des étudiants bretons déclarent avoir pensé à abandonner leur formation. Contre cette situation, les apprenants réclament une réforme structurelle. Ils demandent l’harmonisation des frais de scolarité à un niveau public, l’intégration pleine et entière des IFMK aux universités, un transfert de la gestion des aides financières au CROUS, des indemnités de stage revalorisées et versées dans les délais, et un accès équitable aux services étudiants. Former des soignants ne doit pas revenir à briser ceux qui choisissent de le devenir.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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