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mardi 28 avril 2026
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au conseil : le commerce du centre-ville rennais est-il en danger ? 

Lors du dernier conseil municipal de Rennes, ce lundi 27 avril, le commerce de centre-ville s’est imposé comme l’un des sujets majeurs de débat. Pendant de longues minutes, Charles Compagnon, pour l’opposition, et Sébastien Séméril, adjoint au maire chargé du commerce, ont confronté leurs analyses. Ils ont mis en avant des divergences profondes sur l’état réel du tissu commercial rennais et sur les politiques publiques menées ces dernières années.

Vers une situation de non-retour ? 

«Depuis plusieurs années, nous alertons sur la situation du commerce à Rennes», a rappelé Charles Compagnon. «Nos inquiétudes ne relevaient ni de l’exagération, ni de l’outrance, ni de la posture politique.» Pour l’élu d’opposition, le constat est désormais sans détour. « Le commerce Rennes est en danger. Ce ne sont plus seulement les élus de l’opposition qui le disent, ce sont les organismes professionnels qui alertent comme les associations de commerçants, la CCI, les syndicats professionnels. Tous dressent le même constat : une fragilisation progressive et préoccupante du commerce rennais. »

Dans le détail, Charles Compagnon décrit une dégradation alarmante. « L’importante baisse de fréquentation, les chiffres d’affaires en recul, le turnover accru, la vacance commerciale historique» constituent, selon lui, autant d’éléments objectifs et négatifs. «Ce que nous disions hier est devenu une réalité impactante aujourd’hui.» Pour illustrer cette évolution, Charles Compagnon cite des fermetures marquantes du restaurant Léo le Cochon à République» ou encore du Printemps. «Lorsqu’une institution de 30 ans ferme, ce n’est pas un signal faible, c’est un signal fort », insiste-t-il. Il s’interroge en filigrane sur la capacité de la majorité à anticiper ces situations. « Comment l’élu en charge du commerce peut-il être informé ou ne pas être informé en amont d’une décision de telle ampleur ? Êtes-vous réellement tous connectés à la réalité économique du territoire que vous présidez ? ».

Au-delà de ces exemples, l’élu met en cause les choix municipaux. Il dénonce «une accumulation de décisions prises ces dernières années qui fragilisent notre tissu commercial.» Il cite notamment «l’accès plus difficile au centre-ville, la suppression des places de stationnement, la mise en place d’une ZFE sans accompagnement suffisant » ou encore une dégradation de la propreté du cadre urbain. «C’est le symptôme d’une politique qui ne voit plus, qui n’écoute plus, qui ne comprend plus ce qui se passe sur le terrain.»

D’après Charles Compagnon, les commerçants, eux, ont besoin de visibilité, de stabilité, de considération. «Ils ne peuvent plus être une variable d’ajustement des politiques publiques». Contre une lecture trop superficielle de la situation, il met en garde la majorité.  «On ne peut pas continuer de dire : le commerce va bien parce qu’il y a du monde dans les rues le samedi. Une ville ne vit pas un jour dans la semaine», ajoute-t-il. «Il faut sortir d’une approche idéologique pour revenir à une approche pragmatique et de bon sens. À force de décisions cumulées négatives, on ne transforme pas une ville, on l’affaiblit. »

Face à ces critiques, Sébastien Séméril replace la situation dans un contexte plus large. « Le commerce de centre-ville traverse partout en France une transformation profonde », explique-t-il. «La crise sanitaire n’a pas été un simple accident. Elle a accéléré des mutations déjà à l’œuvre», telles que «l’évolution des modes de consommation», «la montée du numérique», «la pression économique» ou encore «les difficultés de recrutement.» Refusant «de tomber dans une forme d’angélisme outrancier ou de déclinisme abusé », il propose «d’objectiver la situation du commerce à Rennes.»

Selon lui, à Rennes, cette réalité est claire. «Notre centre-ville résiste. Et même, il tient sa place de premier pôle commercial du Grand Ouest.». Il avance plusieurs indicateurs. « Nous disposions de 2014 commerces en activité en 2024, dont 40 % dans la restauration et l’équipement de la personne. Cela traduit un tissu commercial dense et diversifié avec un chiffre d’affaires de 608 millions d’euros hors restauration, signe d’une attractivité forte. 

Pour la vacance commerciale, souvent au cœur des débats, l’adjoint s’en satisfait. «Elle est de 9,4% à Rennes et elle reste inférieure à la moyenne nationale. C’est un point essentiel qui montre que notre cœur de ville continue d’attirer et de renouveler son offre avec près de 39 % d’enseignes nationales mais aussi de nombreux concepts indépendants et locaux. La fréquentation est quasiment revenue à son niveau d’avant le Covid, avec des pics à 7 millions de visiteurs par mois en décembre. Elle est désormais mieux répartie dans la semaine avec seulement 11 % le samedi et un temps moyen de visite de 1 h 45.» Ce qui témoigne selon lui «d’une ville où l’on ne fait pas que passer mais où l’on reste ».

Et surtout, l’élu met en avant les effets des politiques publiques locales. «Que ça ne vous plaise ou pas, l’ouverture de la ligne B du métro a doublé les flux autour de certaines places et la piétonisation ou la végétalisation ont permis une évolution très importante en matière d’attractivité. » Pour autant, il reconnaît des fragilités. «Il ne faut pas nier les fragilités», admet-il. L’élu cite notamment «le secteur de la restauration sous tension et le commerce de l’équipement, avec 20 % des dossiers de défaillances.» Il évoque aussi «des disparités entre rues, entre secteurs» et la nécessité d’une adaptation permanente des acteurs économiques. Mais son propos se veut avant tout positif. «Notre vitalité repose sur un équilibre fragile qu’il nous appartient de préserver et d’accompagner afin que les transformations ne soient pas subies mais bien accompagnées ».

Peu convaincu, Charles Compagnon conteste la lecture des chiffres.  « Évoquer les chiffres comme cela pour me répondre ne veut rien dire. Toute personne ayant travaillé dans une entreprise sait que le chiffre d’affaires ne veut rien dire. » Car il doit être «mis en rapport avec des charges» et «des salaires ». Sur la vacance commerciale, il nuance même vertement. «C’est la trajectoire qui est intéressante et doit être prise en compte. Certaines villes, comme Angers, sont inférieures à 6 %. ll faut mieux regarder les bons élèves», conclut-il. Au terme de cet échange, deux visions s’opposent clairement : l’une alerte sur une dégradation liée aux choix municipaux, l’autre souligne la résistance du centre-ville dans un contexte national en mutation. 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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