Rue Vasselot, en plein cœur du centre-ville Rennes, un mur interpelle les passants depuis maintenant quelques années. Trois silhouettes monumentales, colorées, peintes à grands gestes, s’y dressent, chacune serrant un récipient blanc. Leurs visages dans un cri à la Munch semblent implorer les passants. L’œuvre, signée Paul Bloas, apporte encore une fois une intensité particulière à ce quartier animé, connu pour ses cafés et ses commerces.
« Quelque chose me pousse à errer par les rues », confie le peintre brestois. Depuis 1984, il colle ses « géants » peints sur papier aux murs de France et d’ailleurs. Il est partout sur les murs de Berlin, à la prison de Brest, dans le centre-ville de Beyrouth d’après-guerre, camp militaire abandonné à Madagascar, sur les épaves marines de Landévennec… Ses personnages sont éphémères, condamnés à disparaître sous l’effet des intempéries ou du passage des hommes.
Inspiré sans doute par les Rêveries du promeneur solitaire de notre ami Jean-Jacques Rousseau, son processus créatif commence par la marche. Il choisit ses murs comme un réalisateur choisit un décor. À Rennes, rue Vasselot, ses trois géants s’imposent au regard. Ils ne disent rien, mais rappellent que l’art, même fugace, a ce pouvoir d’habiter la ville et de transformer une simple promenade en expérience joyeuse ou douloureux (c’est selon).


