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samedi 2 mai 2026
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LE PRÉDATEUR DE TINDER CONDAMNÉ À 4 ANS DE PRISON

Le tribunal correctionnel de Rennes vient de condamner « Le Prédateur de Tinder » à quatre années de prison. Déjà incarcéré, il dormira ce soir en prison.
La justice estime à 50.000 euros le montant des sommes escroquées. Le jeune arnaqueur rennais de 24 ans en revendique 300.000. Les montants et le nombre de victimes donnent le vertige. 

Vingt-neuf infractions à l’ordre du jour. Dix-neuf victimes, toutes des jeunes femmes. Le tribunal retient un préjudice de 50.000 euros, alors que l’auteur des faits en avoue cinq fois plus lors de ses auditions.

Dans le box des prévenus, ce jeune homme né en 2001 à Rennes n’a pas l’air de tout comprendre. Il fronce les sourcils. Son front se plisse. Lors des questions du tribunal et des avocats, il fait répéter. Bafouille. L’expertise psychologique garantit pourtant un discernement sans équivoque.

Dans la salle, certaines parties civiles soupirent, voire se moquent. Il les fusille du regard, immédiatement rappelé à l’ordre par son avocate d’un mouvement de la main.

Il y a effectivement de quoi se perdre dans les dates et mélanger les dossiers. Le résumé dans les mains du Président du tribunal fait plus de douze pages. Rennes, Saint-Malo, Treffendel, Chateaugiron, Louvigné du Désert… la toile d’araignée du séducteur des réseaux sociaux va jusqu’au Morbihan, aux Côtes d’Armor et même en Normandie.

« Certes le mode opératoire est souvent identique, mais je me refuse de survoler les faits », assure le juge. « Vous êtes rôdé : une rencontre sur l’appli Tinder, puis une prise de contact rapide via Snapshat », résume-t-il. Pendant la procédure, l’escroc confie choisir ses proies « un peu bête », pour faciliter la tâche.

Jamais le Prince charmant n’a rencontré physiquement l’une d’elles. Bienvenue dans le monde des réseaux sociaux.

« Je vais te piétiner le crâne »

« Vous séduisiez plusieurs victimes à la fois »

Jugé par le tribunal de Rennes pour escroquerie, tentative d’escroquerie, intimidation, menaces, filouterie, évasion… le tout en récidive, le jeune homme actuellement en détention hameçonnait parfois plusieurs amoureuses à la fois. Il peut se le permettre, puisqu’il a réussi à ouvrir 16 comptes bancaires différents. « Je les mettais en confiance. Et elles acceptaient de faire ce que je voulais », reconnait l’arnacœur. A chaque fois, il obtient un virement. Quelques centaines d’euros au début. Jusqu’à mille rapidement. Presque 10.000 euros pour certaines. Si les crédules cybers fiancés se rendent compte de la supercherie, le prévenu range ses roses et sort les poings. « Tu vas payer ou je vais t’envoyer du monde. Je vais te piétiner le crâne », menace-t-il par message en parsemant ses propos d’injures que le tribunal énumère, sidéré.

Se faire attraper ne lui fait pas peur. Déjà condamné et sous bracelet pour des faits similaires, il n’hésitait pas à poursuivre ses arnaques entre deux jugements. « Alors même que le tribunal émettait un mandat d’arrêt contre vous lors de votre cavale de mai 2025, vous étiez en train d’escroquer des jeunes filles », hallucine presque le juge qui lui rappelle alors la peine encourue pour l’ensemble du dossier : 14 ans.

« Il m’a tout pris »

A la barre du tribunal une dizaine de témoignages sont lus ou livrés : « J’avais peur de venir ici, murmure une victime. Mais je veux faire face. Je commence tout juste à me reconstruire. A l’époque j’étais jeune et en alternance. Il m’a tout pris, j’ai dû faire un prêt pour rebondir ».

« J’ai été incapable de sortir de chez moi pendant des semaines. » « Aujourd’hui encore, je me sens stupide. Je me sens sale », ajoutent deux plaignantes.

« Mesdames, vous n’avez pas à vous sentir bête », insiste l’avocate d’une des nombreuses victimes. « Vous devez déculpabiliser. Vous êtes tombées dans ce qui ressemble au scénario d’un mauvais film qu’on pourrait titrer « le Prédateur de Tinder » », ajoute une consœur en robe noire.

Si la procureure de la République apprécie le fait que le prévenu reconnaisse tous les faits, elle regrette : « Nous avons 29 victimes dans ce dossier. Dont 14 alors qu’il était sous bracelet électronique et en sursis. Mais si je compte toutes celles qu’il admet avoir flouées, j’arrive à 64 jeunes femmes ».

Le Ministère public, qui avait refusé d’accorder davantage de compassion au prévenu, avait également requis quatre années de prison.
Le tribunal condamne également le Rennais à rembourser les victimes et à les indemniser à hauteur de leur préjudice moral.

 

Julien Moreau
Julien Moreau
Julien Moreau est journaliste de presse locale et chroniqueur judiciaire. Diplômé d'école de journalisme en 2008, il a depuis été reporter pour les rédactions du Parisien-Aujourd'hui en France, Ouest France et le Télégramme. Il a également collaboré avec la presse nationale (Le Canard Enchaîné, Le Nouvel Obs, 60 millions de consommateurs et Canal+) comme correspondant justice et politique.

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