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jeudi 29 février 2024
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NOUS NE VOULONS PAS ÊTRE LES « MÉTAYERS » DE RENNES MÉTROPOLE

Ce 1er février, sur la façade du bâtiment des élus métropolitains, les jeunes agriculteurs ont accroché à la hâte une banderole où l’on peut lire : « ras-le-bol de Rennes Métropole ». Vers midi, la présidente de l’agglomération, Nathalie Appéré, arrive à leur rencontre avec un aréopage d’adjoints et de conseillers. Devant elle, Cédric Henry (FDSEA) prend la parole de longues minutes. Il évoque la mobilisation, les « prairies permanentes », les procédures administratives… Mais chez les paysans, la tension est vraiment palpable. « En achetant des terrains, la collectivité veut nous imposer un type d’exploitation », explique l’un d’eux. « Si toutes les métropoles font comme vous, notre devenir est en pointillé. Une grande partie de ces surfaces-là ira à l’agriculture de loisirs et cela, c’est honteux. » 

Agriculture de loisirs contre nourricière

Même son de cloche chez un autre. « En mettant en avant une certaine agriculture, on tue nos métiers. En France, la production porcine était autosuffisante, il y a trente ans. Aujourd’hui, à force de stigmatiser les éleveurs et d’imposer des normes, ce n’est plus le cas. Tout n’est pas parfait dans le bio. Il faut faire vivre nos exploitations traditionnelles », ajoute-t-il sous les applaudissements. À deux pas de lui, un autre paysan est tout aussi en colère. « Tout le monde a besoin d’être aidé, à partir du moment où c’est un projet fiable. Il faut défendre tous les types d’agriculture. » 

On veut nous interdire les biocides et en même temps dans tous les foyers, on va continuer à en utiliser. Là, on n’est pas d’accord », indique un agriculteur. 

Éleveur de bovins, Kévin dresse un constat amer. « Il y en a marre. Des politiques viennent imposer leurs idéologies. Beaucoup souhaitent nous faire passer dans un dispositif zéro phytosanitaire d’ici 2030, sans se préoccuper de savoir si nous allons pouvoir rémunérer notre main-d’œuvre, si nous n’avons pas de débouchés dans les villes. On ne peut pas nous infliger un système qui n’est pas viable. Nous ne sommes pas les métayers de Rennes métropole. » Devant les critiques, la présidente Nathalie Appéré tente de désamorcer les choses devant la banderole. « Je partage et je comprends les inquiétudes, les colères et les difficultés que vous exprimez. Notre agriculture marche sur la tête ; car vivre de votre travail est aujourd’hui de plus en plus compliqué et vendre vos produits à des prix raisonnables l’est tout autant. Cela est très injuste et d’autant plus injuste que l’on fait peser sur vous des changements sans vous donner les moyens. »

Mais au regard du dérèglement de la biodiversité, Nathalie Appéré milite pour une évolution du modèle agricole. Elle désire enclencher des pratiques vertueuses. « Nous avons besoin d’un cap. Car plus nous tarderons à agir, moins l’on pourra choisir. Personne n’aura gagné quand nous aurons 30 à 40 % des surfaces non cultivables. Il faut se fixer des objectifs et accompagner les exploitants. Sur les terres où nous sommes propriétaires, nous favorisons déjà l’installation de paysans bios au regard de notre ambition de diminution des pesticides de synthèse. Nous assumons pleinement ce soutien à la filière bio aujourd’hui dans une situation particulièrement difficile. Mais nous n’opposerons jamais l’agriculture conventionnelle et bio, car cela ne sert à rien et, car les uns et les autres contribuent à l’alimentation. Il faut continuer à se parler et à travailler ensemble. » Le soir même, le conseil de Rennes métropole validait son plan d’action en faveur de la biodiversité. « Il s’agit un véritable changement de modèle. Nous devons aller vers l’agroécologie », expliquait Didier Chapellon (groupe écologiste). Le dialogue est-il en bonne voie ? 

Infos + : Face aux agriculteurs, Nathalie Appéré assure ne pas se défiler. « Je ne suis pas le préfet, ni le Premier ministre, ni le président de la République. Mais il y a un certain nombre de questions qui peuvent relever de nos décisions. Notre collectivité garantit aujourd’hui une alimentation de qualité. Par la commande publique, nous nous approchons des 60 % de produits durables et bios dans nos cantines. Chez nous, la volaille vient de Janzé, le porc de Liffré. » Réponse d’un agriculteur. « Il a fallu une loi pour imposer aux communes des denrées françaises dans les assiettes. On marche sur la tête. Depuis vingt ans, on nous promène. Depuis vingt ans, on manifeste à la Gravelle », explique le producteur, Antoine Hardy (FDSEA). 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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