L’effondrement de l’équipe nationale italienne et la troisième absence consécutive des Azzurri à la Coupe du monde qui en a résulté ont soulevé une question qui a pris une dimension mondiale. Selon de nombreux commentateurs du monde entier, la crise des talents italiens trouve en effet ses racines dans la difficulté à faire émerger les jeunes les plus doués. En particulier, l’exploit de Vergara, de Naples, a ouvert le débat sur la possibilité que le processus de recrutement italien exclue les banlieues italiennes et, en particulier, les joueurs issus des quartiers défavorisés.
Et pourtant, tout bien considéré, l’histoire du football a souvent été écrite par des hommes qui ne sont arrivés sur la grande scène internationale qu’après un long parcours dans les catégories inférieures, dans la boue des banlieues justement. De grands noms du football international n’ont connu la renommée et le succès qu’après 25 ans, un âge déjà considéré comme mûr pour de nombreux footballeurs, mais qu’il est nécessaire d’atteindre lorsqu’on passe d’une catégorie à l’autre.
De Drogba à Ribéry, en passant par Mahrez, Vardy, van Dijk et les champions du monde Emiliano Martinez, Kanté et Luca Toni, autant d’exemples qui montrent que miser sur soi-même et croire en sa vocation la plus profonde est souvent la voie de la réussite. En parlant de pari football, peu de gens auraient imaginé qu’un joueur de 26 ans de Rennes puisse devenir le meilleur buteur de la Ligue 1 dès sa première saison dans cette catégorie. Lepaul compte déjà 16 buts en championnat, soit 6 de plus que les stars Dembelé et Barcola du PSG !
Son premier pic de notoriété est survenu l’automne dernier, après son triplé à Strasbourg, qui a poussé un supporter de Rennes à crier une déclaration d’amour particulière envers le Rennes emmené par Lepaul : « On n’avait pas vu une équipe comme ça depuis l’époque de Majer, Terrier et leurs coéquipiers. ». Pendant ce temps, son entraîneur ne cesse de répéter à quel point sa soif de buts est toujours intacte, même lors des matchs d’entraînement !
L’histoire de Vardy
De 30 livres par semaine au sommet du monde. En effet, le monde entier a parlé du deuxième meilleur buteur de la Premier League 2015/2016. Cette année-là, il a marqué pas moins de 24 buts (à l’instar de Sergio Agüero), un de moins que Harry Kane de Tottenham (25), mais il est entré dans l’histoire du football en tant que moteur incontesté du titre historique de Leicester, signé Ranieri.
Il s’agissait d’une véritable métaphore footballistique de la revanche prolétarienne, bien incarnée par un jeune homme qui, à 25 ans, jouait encore chez les amateurs et travaillait dans une usine de fabrication d’orthèses. L’histoire d’un ouvrier métallurgiste, qualifié d’ailleurs de « bad boy » à la suite d’une bagarre dans un pub qui lui avait valu un bracelet électronique.
Qui sait quelles envies de laisser exploser tout son talent ont agité l’âme de Jeremy Vardy durant ces années-là. À ses côtés, dans cette équipe devenue l’icône (peut-être un peu trop rhétorique) de la grande revanche de la classe ouvrière, il y avait aussi Mahrez.
Cette nuit-là, Joselu
À l’occasion de la demi-finale de la Ligue des champions 2023/2024, plus précisément le 8 mai 2024, lors du match Real Madrid – Bayern Munich, le Bernabéu a assisté à un nouveau retour spectaculaire, et peut-être plus si inattendu que cela, signé par le Real d’Ancelotti. Mais cette fois-ci, c’est l’auteur des deux buts décisifs des Blancos, inscrits à la 89e (1-1) et à la 91e minute (2-1), qui a surpris tout le monde.
Jusqu’alors, les pages de l’histoire merengue avaient été écrites par des joueurs tels que Cristiano Ronaldo, Benzema, Bale, Di Maria, ou tout au plus, à défaut, Casemiro, Sergio Ramos ou Carvajal. Or, cette fois-là, personne ne pouvait s’attendre à ce que le héros du jour soit justement le beau-frère de Carvajal : José Luis Sanmartin Mato – Joselu pour tout le monde. L’auteur d’un doublé devenu légendaire et qui a ensuite permis d’accéder à la finale de la Ligue des champions.
À l’état civil, il était âgé de 33 ans. La finale a ensuite été remportée haut la main par les Blancos (contre le Borussia Dortmund), à tel point que la victoire décisive pour le titre est encore aujourd’hui considérée comme celle signée par cet inconnu né à Stuttgart, qui a inscrit un doublé face aux Bavarois de Kane, Sané, Musiala et Gnabry.
Et dire que cette année-là, Joselu était revenu au Real uniquement pour pallier temporairement le départ de Benzema, en attendant que Mbappé fasse le grand saut et que Vinicius Jr s’impose dans un rôle lui permettant de s’enfoncer en profondeur, comme l’avait demandé Carletto lui-même. Le fait est qu’à la fin de la saison, entre titularisations et apparitions sur le banc, Joselu a totalisé pas moins de 46 sélections pour un total, d’ailleurs pas mal du tout, de 16 buts.
Et ainsi, tandis qu’Aleksander Ceferin lance un avertissement à l’Italie, co-organisatrice de l’Euro 2032 : « J’espère que les infrastructures seront prêtes. ». La question que se posent les supporters est tout autre. Combien de Leapaul et de Vergara se cachent dans les banlieues du football des cinq meilleurs championnats européens ? Au final, au-delà des prouesses techniques, ce sont les histoires qui font craquer. N’est-ce pas ?


