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LES ROSES DE LA COLÈRE!

Un samedi de manifestation à Rennes, c’est l’hélicoptère qui tournoie autour de nos têtes. Ce sont des grenades lacrymogènes. Ce sont des hommes et des femmes en gilets jaunes, des policiers et gendarmes en tenue de robocop, des casseurs munis de l’attirail du parfait révolutionnaire, des commerçants en colère, des élus distillant leur indignation sur twitter. Bref, c’est bis repetita tous les samedis avec une impression étrange d’un fossé qui se creuse, d’une guérilla urbaine qui se prolonge sans que l’on ne trouve un terrain d’entente entre des forces en présence.

Photos : Daniel Enocq.

Comment en est-on arrivé là ? Peut-être parce que les riches restent riches et parce que les pauvres restent pauvres ; peut-être parce que l’ascenseur social ne fonctionne plus. Peut-être parce la méritocratie est confisquée par une élite bien souvent incompétente au langage obscur et simplement soucieuse de préserver ses acquis au lieu de partager tout bonnement les richesses. Dans le règne de la communication à outrance, on a oublié l’essentiel. On a oublié la reconnaissance du travail. On a oublié de se parler, de se saluer, de s’entraider. On a oublié de penser aux vrais travailleurs au profit des empêcheurs de tourner en rond, des professionnels de la politique, de la com et des carriéristes. On a oublié de penser aux autres dans une sorte de consumérisme débridé où le pognon est devenu roi, où la misère règne chez les travailleurs précaires à la merci des délocalisations, de patrons pensant parfois un peu trop à leur train de vie. Mais tout n’est pas manichéen ; tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir et heureusement.

Dans cette France, certains osent, tentent. Mais les charges sont là bien plus que dans d’autres pays. Elles plombent le moral, les comptes et les tentatives de ceux qui osent, qui entreprennent. Bien plus triste, le pouvoir d’achat diminue pour tous avec des loyers, des budgets de mobilité et d’alimentation de plus en plus chers. Cher monsieur Macron, vous le savez sans doute. Vous avez juste à écouter “un peu” votre peuple qui vous demande simplement de vivre décemment, loin des paradis fiscaux, loin des banques privées où les grandes fortunes placent leur argent dans des rendements bien loin de nos petits livrets d’épargne. La France n’est pas un pays de confrontation. Elle est un pays où l’on a proclamé la déclaration des Droits de l’Homme, où l’on a créé le régime de la sécurité sociale. Elle est un pays où l’on a créé le mot fraternité.

Crédit : Sonia Boursicot. 

Réaction d’une commerçante. “Au nom de mes deux commerces Lee Rennes et Saint James Rennes, je remercie sincèrement les rares clients qui ont osé s’aventurer hier dans le centre-ville de Rennes”, explique Karine sur les réseaux sociaux. « Nous avons fait 30% du chiffre d’affaires espéré. “Si l’on enlève les policiers et les manifestants qui n’étaient pas là pour faire du shopping, les rues étaient désertes.C’était donc le 15ème samedi de perturbations, après les mouvements liés à la ZAD et aux lois travail en 2016 et 2017.Tout cela fait le jeu du e-commerce et des centres commerciaux en périphérie. Nos 4 petits emplois ne pèsent pas lourd dans le débat, pas plus que notre volonté d’animer et de donner vie à notre centre-ville. Je ne comprends toujours pas pourquoi le commerce de centre-ville est une cible alors que les revendications exprimées par les manifestants ne sont pas de notre ressort ?”

Réaction de la maire : “Notre ville, comme elle s’y est engagée auprès des associations et institutions représentant les commerçants, et en lien avec les services de la Préfecture, accompagnera les mesures de soutien que le ministre de l’Économie et des Finances s’est engagé à annoncer. La ville portera plainte « pour les détériorations commises sur les biens publics. Les services municipaux sont d’ores et déjà à pied d’œuvre, et le seront dans les prochains jours, pour nettoyer et réparer les dégâts provoqués par les casseurs. Il est plus que temps que notre centre-ville retrouve toute la sérénité qui doit être la sienne.”

A propos de l'auteur

Jean-Christophe COLLET

J-C Collet est journaliste et auteur (Lieux romantiques à Paris, Bretagne Chic, On dit qu'en Bretagne, Bretagne pas chère, Livre blanc sur le Nucléaire...).

2 Comments

  • (une erreur de frappe a envoyé mon message avant que je ne relise et le finisse) (..) l’histoire récente de la France prouve que notre pays est une nation de confrontation et souvent de confrontations violentes : l’Etat français, notamment parce qu’il a fortement colonisé, a pris l’habitude d’être violent, répressif..

  • Globalement d’accord avec votre papier, à 2 différences près : vous écrivez que “les charges sont là bien plus que dans d’autres pays”. J’ai cru que vous parliez des “charges de CRS” car je préfère utiliser (et c’est d’ailleurs le terme officiel) le mot “cotisations”. En France on cotise pour quelque chose : le système de sécurité et d’aide sociale, de retraites, qui est “bien plus” protecteur “que dans d’autres pays”…
    Plus loin vous écrivez “la France n’est pas un pays de confrontation”. Je ne vois pas les choes de la même façon : la France est une “vieille démocratie”, où donc la confrontation des points de vue, des visions, des aspirations, s’opère depuis fort longtemps, même avant la Révolution Française. Et c’est un fait que les grands changements sociaux se sont faits après ou dans la violence : la Révolution de 1789, les Révolutions et contre-révolutions du XIXè (1830, 1848, 1870..), les “avancées sociales” (point de vue des “travailleurs”, ouvriers, employés..) ont été obtenues après des mouvements de grève, souvent réprimées par la violence (les grèves de 1947, de 68..). Ce n’est pas une raison pour ne pas tenter de changer (et je pense que la France a changé) mais l’Histoire récente de la Fra

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