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samedi 25 mai 2024
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LE TAPAGE NOCTURNE AVANCE SANS FAIRE DE BRUIT !

Est-ce que Rennes est une ville où l’on peut vivre paisiblement en se couchant à une heure décente sans que des nuisances sonores ne viennent troubler le sommeil de ses habitants ? La question mérite d’être posée au vu des nombreux coups de fil de signalement auxquels la police ne donne pas suite. La raison invoquée lors des appels téléphoniques est le sempiternel manque d’effectif et la montée d’une délinquance plus inquiétante qui les soumet à plus de travail. Une pétition est d’ailleurs lancée dans le centre ville. 

Pour régler le problème global de bruit, la municipalité a bel et bien rédigé une charte de la vie nocturne. Son but principal est d’améliorer les relations entre les bars, les noctambules et les riverains. Elle prévoit notamment la possibilité de signaler les « anomalies » dans l’espace public, dont les nuisances sonores, sur une application : RenCitéZen. http://metropole.rennes.fr/participez/les-instances-de-concertation/la-charte-rennaise-de-la-vie-nocturne/

Problème, les principes édictés par cette charte n’auraient pas d’effet immédiat sur le terrain. Et pour cause, les Rennais se sentent de plus en plus impuissants par face aux « bringues », aux excès, aux fêtes de leurs congénères. Dans le bas de la place des Lices, une pétition circule actuellement pour alerter le maire, Nathalie Appéré. Elle est accompagnée de quelques témoignages. « Notre quartier s’est dégradé au fil des années. On n’en peut plus, personne n’est là pour nous défendre », peste Bernard.

Parfois, certains même sont excédés ! Dans la tour des Horizons, c’est Sophie qui est obligée de déménager à cause des fêtes tardives. « Samedi dernier, la fiesta de mon voisin a duré jusqu’à midi sans que la police n’intervienne. Le syndic le connaît très bien, mais rien ne se passe. Je paye un loyer de 560 euros pour un T1 bis et je ne peux pas vivre décemment ». C’est bien beau RenCityZen mais si les policiers refusent de se déplacer… »

                                                    Une charte de la vie nocturne

Plus haut encore, sur le chemin de Villejean, même dépit chez Michel qui vit dans un immeuble des années 60 soumis à de nombreuses nuisances. Pour lui, les plus bruyants sont les colocations d’étudiants. « On n’en a ras-le-bol, nous les copropriétaires résidents, de supporter des personnes, parfois des groupes nombreux, qui se rassemblent durant une soirée pour hurler, donner des coups de pied sur le parquet et claquer des portes. »

Ce propriétaire souligne ici la quasi-arnaque des agences immobilières, passant sous silence le défaut d’isolation phonique et le non-respect du règlement intérieur de la copropriété. Il va jusqu’à dénoncer des charges syndicales peu équitables ! «Les colocataires dépensent plus de frais d’ascenseur, de lumières, engendrent plus de dégâts, même des tags, et surtout déprécient nos biens immobiliers. Qui voudrait habiter dans un tel endroit s’il était prévenu à l’avance des troubles ? »

Mais surtout ne lui parlez pas de l’application RenCityZen ! « J’en ai assez des déplacements chez les fauteurs de troubles et des médiations. J’ai essayé, et cela ne sert à rien, puisqu’il y a toujours de nouveaux colocataires qui arrivent. Ce que nous voulons, c’est du concret, pas une application bidon qui ne sert qu’à détourner le problème. La preuve : on peut signaler un tapage mais les policiers municipaux ne travaillent pas la nuit ».

Ce sentiment d’injustice est de même relevé par Louisette, une habitante de Villejean qui vit dans une cage d’escalier où il n’y a plus que 2 résidents copropriétaires sur 10 appartements. « Je ne décolère pas, cela devient de plus en plus dur de vivre aux côtés de colocataires qui en plus de faire du bruit dégradent l’habitat. Ils ne ramassent même pas leurs bouteilles dans les containers. Ils nous les laissent dans le sous-sol. Encore plus grave, les fêtes peuvent durer jusqu’au bout de la nuit. Pis encore, les loueurs se font un fric fou sur notre dos : trois chambres, c’est 1000 euros empochés par mois ! »

                                                        Des syndics sans puissance

D’après de nombreux témoignages, les syndics d’immeuble se contentent d’écrire aux propriétaires ou mandataires après une plainte de voisinage. Pourtant, les règlements de copropriété fonctionnent sur les relations contractuelles, et ils sont pourvus d’articles sur le tapage nocturne, et même sur les bruits particuliers de comportement. Ils stipulent parfois les conséquences de troubles de jouissance d’un bien : les dommages et intérêts pour les parties lésées. Mais ces clauses ne sont pas utilisées, car les copropriétaires ne vont pas y regarder de plus près. Et les syndics d’immeuble veulent à tout prix éviter de se mêler des problèmes contractuels qui ne concernent pas directement leurs prestations.

Dans un tel contexte, la municipalité aurait tort de ne pas prendre le problème au sérieux. Laisser la situation pourrir est-ce développer l’attractivité rennaise ? D’évidence non. Et ce n’est pas les principes élaborés en petit comité par la charte de la vie nocturne qui décourageront les fêtards, et les gens bruyants, de faire la « teuf » sans retenue dans leurs logements….

Contre les nuisances, les Rennais et les Rennaises ont un besoin urgent de tranquillité. « Ce n’est plus supportable d’endurer ces troubles qui ont des conséquences économiques, sur la santé, et qui peuvent engendrer d’autres infractions, plus graves », confie Michel, l’un des témoins. Contre les nuisances sonores, les Rennais veulent l’application de la Loi. La police nationale ne peut plus éluder cette infraction. A moins que cette problématique ne soit prise en charge par notre police municipale. Il faudrait alors la décharger des missions de sécurité et, bien sûr, étendre ses horaires de travail à la nuit.

                                                                        Que peut faire l’État ?

Notre société est fortement imprégnée par l’esprit festif. Et les jeunes n’ont pas forcément l’argent nécessaire pour passer une soirée entière dans un restaurant ou un bar. L’appartement en est devenu un lieu de rassemblement et de réjouissances. Mais il y a un hiatus entre ce besoin festif et le respect de la vie privée. Un certain savoir-vivre, qui permettait aux citoyens de se côtoyer dans le respect et l’empathie, a disparu. De ce fait, il y a urgence : les pouvoirs publics sont obligés d’intervenir. Car plus personne n’a désormais peur de l’intervention de la police en matière de nuisances sonores. L’enjeu est de taille : social, de santé, économique, judiciaire, politique.

Dragan Brkic
Dragan Brkic
Écrivain, j'ai publié Le Petit Noir des Balkans, Prière d'insérer, La condition pénitentiaire, Footness et Comprendre la délinquance française.

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