À Rennes, la pétition lancée pour « sauver » la patinoire Le Blizz provoque une onde de choc politique. En quelques jours, le débat sur l’avenir de cet équipement sportif s’est transformé en affrontement ouvert entre majorité municipale et opposition.
À l’origine de cette agitation, le mouvement d’opposition Vivre Rennes, mené par Charles Compagnon et Carole Gandon, a lancé une pétition en ligne appelant à garantir le maintien du Blizz. Le texte a recueilli plus de 6 500 signatures en dix jours et a été largement relayé sur les réseaux sociaux, atteignant plus de 300 000 personnes. Pour Charles Compagnon, cette mobilisation est la preuve d’un attachement fort des habitants. « Les Rennaises et les Rennais se mobilisent massivement pour défendre un équipement qu’ils aiment profondément, explique-t-il. Ils ne sont pas dupes. Ils voient bien le décalage entre la technicité des discours de la majorité et les résultats concrets des politiques menées par Nathalie Appéré. » L’élu d’opposition se veut ferme : « Nous préserverons la patinoire et développerons le sport de glace à Rennes. Pas de double discours, pas d’ambiguïté. »
Dans une longue réponse publiée sur les réseaux sociaux, il réfute les accusations de manipulation. « Le précédent contrat de délégation ne prévoyait pas de déglaçage durant la période d’été, et pourtant, vous l’avez fait. Dire que les élus écologistes veulent fermer la patinoire pour en faire de la glisse urbaine, est-ce un mensonge ? Non. Ils l’ont dit et répété trois fois en conseil municipal. Dire que Nathalie Appéré ne peut pas être élue sans les écologistes, et qu’un accord a déjà été signé pour les élections municipales, est-ce un mensonge ? Non. »
les milliers de signataires de cette pétition ont compris que ce sont les écologistes qui décident, et c’est pour cela qu’ils sont inquiets ».
Du côté de la majorité, la riposte est cinglante. Frédéric Bourcier, adjoint au maire chargé du sport, accuse Charles Compagnon de jouer sur la confusion. « Affaibli par les divisions internes, l’un des représentants de l’opposition verse dans la réalité alternative. Ce qui ne fait qu’affaiblir le débat démocratique. Le dernier conseil municipal a pourtant validé un contrat d’exploitation de la patinoire courant jusqu’à fin 2033. Soit ce représentant a un conseil municipal de retard, soit un mandat d’avance. Mais que les Rennais se rassurent : nous serons au rendez-vous de la glisse pour les prochaines années. » L’adjoint rappelle aussi les progrès réalisés ces dernières années. « Depuis 2019, Le Blizz c’est –37 % de consommation énergétique et –71 % de consommation d’eau, et une fréquentation en nette hausse. »
Même tonalité du côté d’Honoré Puil, autre élu de la majorité, qui s’en prend à la fois à l’opposition et aux médias. « Comment la presse locale peut-elle participer à cette opération de manipulation ? Le conseil municipal a validé à l’unanimité, donc aussi avec la voix de M. Compagnon, un contrat de concession de service public permettant la poursuite du sport de glace pour huit années supplémentaires ! Cette pétition est un mensonge, et les électeurs jugeront sévèrement ce type de comportement. »
Elue du groupe écologiste, Jeanne Larue souligne l’incohérence de la démarche. « La DSP de la patinoire a été renouvelée jusqu’en 2033. Et M. Compagnon le savait parfaitement puisqu’il est au conseil d’administration de Citédia et a voté le renouvellement. Il a donc lancé une pétition et obtenu des milliers de coordonnées pour dénoncer un danger dont il savait très bien qu’il n’existait pas. Moralement, c’est embêtant quand même. »
Charles Compagnon, lui, persiste et accuse Honoré Puil d’intimidation envers les journalistes. « Quand les élus de la majorité commencent à vouloir intimider la presse locale, rien ne va plus… et cela m’inquiète beaucoup pour le bien-être de notre démocratie locale. » Pour l’opposant, « l’inquiétude des clubs et des Rennais est plus que légitime », et la pétition révèle avant tout un manque de clarté politique.
En toile de fond, c’est un symbole local qui devient un enjeu électoral. Le Blizz, unique patinoire double piste de Bretagne – dont une olympique – accueille plus de 700 licenciés et 210 000 visiteurs par an. Les travaux menés depuis 2019 ont déjà permis de réduire considérablement les consommations d’énergie et d’eau. Mais derrière les chiffres et les contrats, la bataille politique s’intensifie à l’approche des municipales. Pour la majorité, la patinoire est pérenne jusqu’en 2033 ; pour l’opposition, le risque est politique, pas technique. Dans tous les cas, le débat autour du Blizz a gelé, pour un temps, la sérénité de la majorité.


