À Amsterdam, au musée Van Gogh mondialement connu, il faut parfois quitter du regard les tournesols aux jaunes envoûtants et les autoportraits pour tomber sur une salle plus discrète. Là, ce n’est plus seulement le grand peintre que l’on regarde, mais son univers. Sur les cimaises, des noms apparaissent qui résonnent dans notre contrée : Émile Bernard, Paul Gauguin, Georges Lacombe ou encore Henri Rivière. Tous ont marqué la fin du XIXe siècle où la Bretagne, et plus précisément l’école de Pont-Aven, devient un laboratoire artistique, loin de Paris, attirant des peintres en quête de renouvellement.
Dans cette salle, l’on découvre des scènes rurales, des figures bretonnes, des paysages de l’ouest. L’on y observe une femme assise dans un champ signée Émile Bernard. L’on y admire une jeune Bretonne peinte par Gauguin. Ici, tout est affaire de liens. Vincent Van Gogh n’a jamais été un peintre de Pont-Aven, mais il en est proche par Gauguin, avec qui il partage une période décisive à Arles. Il en est lié par Bernard, avec qui il échange lettres et idées.
Le paradoxe est là : au cœur d’un musée néerlandais, c’est la Bretagne qui affleure au milieu d’une grande oeuvre et de millions de touristes. Cette salle ne parle pas directement de lui, mais elle permet de mieux le comprendre, de cerner ses influences, ses tensions et ses amitiés. Elle démontre aussi, à ceux qui en doutent encore, que la Bretagne fut, pour quelques années, un centre de la modernité artistique.


