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jeudi 30 avril 2026
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Jusqu’au bout du serment : l’affaire Magali Blandin par l’avocate de la défense 

Quand on est avocat, il y a des dossiers que l’on traite. Et puis il y a ceux qui vous happent, lentement mais sûrement. L’affaire Magali Blandin appartient indéniablement à cette seconde catégorie. Dans Jusqu’au bout du serment, à paraître le 9 avril, l’avocate rennaise Gwendoline Tenier, avec la journaliste Marie Zafimehy, ne raconte pas un procès, mais son absence de procès. Elle explore ce vide dans un livre rare. Elle décrit ce moment où la justice s’est arrêtée brutalement, emportant avec elle les principaux protagonistes et laissant derrière elle une vérité incomplète.

Le 18 mars 2021, Jérôme Gaillard avoue à la gendarmerie de Montfort-sur-Meu avoir tué son épouse un mois plus tôt. Sa femme, Magali Blandin, mère de quatre enfants, l’avait quitté quelques mois auparavant. Très vite, l’enquête révèle une deuxième affaire dans l’affaire, une mécanique plus trouble. Les parents de Jérôme, Monique et Jean, sont mis en examen pour complicité de meurtre. Ils auraient financé le projet criminel de leur fils, lequel avait envisagé de recruter des hommes de main (des Géorgiens) avant de passer lui-même à l’acte. L’affaire bascule alors dans une zone plus sombre encore : celle de l’emprise et des responsabilités familiales diffuses. Mais l’instruction n’ira jamais à son terme. Tous trois, le meurtrier et ses parents, se suicident avant le procès. Il n’y aura ni débats, ni verdict.

C’est précisément là que commence le livre. Ce silence judiciaire, brutal, laisse derrière lui une zone grise. Avocate pénaliste habituée aux dossiers pénaux et lourds, Gwendoline Tenier choisit de défendre Monique Gaillard. Pour elle, mère de famille, c’est un choix difficile, presque à contre-courant. Mais au fil du dossier, sa conviction s’impose inexorable : cette femme est centrale. Personnalité fragile, possiblement sous l’emprise de son fils, cette mère dépassée a sans doute été prise dans une relation inversée où l’autorité a changé de camp. Comprendre Monique, c’est peut-être comprendre comment un tel crime a pu se nouer dans une petite ville d’Ille-et-Vilaine.

Le récit prend aussi une dimension plus intime. L’avocate évoque sa propre position de femme, de mère, de professionnelle confrontée à la violence masculine, qu’elle analyse avec une forme de lucidité presque sèche. Dans les pages du livre, elle donne aussi à voir ce que signifie gérer ce type de dossier pour une avocate. « C’est entrer dans la Ligue des champions de cette corporation exigeante. Au quotidien, cette ambition impose une discipline sans faille, du sacrifice, du travail et une préparation acharnée ; espérer atteindre ses objectifs ne s’envisage pas sans accepter la difficulté qui va avec. Une fois cette stricte routine installée, il existe certains matchs qu’on ne peut pas louper. La disparition de Magali Blandin, au-delà d’attiser la curiosité habituelle que provoquent “les beaux dossiers”, réunit toutes les caractéristiques de ces rencontres indispensables. Je joue en plus à domicile et, pour l’avocate de la défense que je suis, il représente le cœur de métier. »

Mais ce cœur de métier, ici, ne pourra jamais s’exprimer devant une cour. Alors ce livre devient une plaidoirie reconstruite, une tentative de dire ce qui n’a pas pu être dit. Il ne consiste pas à nier l’horreur, mais à interroger les mécanismes qui l’ont rendue possible. Il s’inscrit aussi dans un ensemble de récits déjà amorcé de l’intérieur par un membre de la famille. Le cousin de Jérôme Gaillard, le journaliste Valentin Gendrot, a lui aussi pris la plume pour tenter de comprendre, à sa manière, ce qui a conduit à ce drame. Là où Gwendoline Tenier explore les zones d’ombre judiciaires et la place de la défense, ce second récit apporte une autre matière : celle du vécu, de la sidération familiale, du trouble intime face à l’irréparable.

Cette pluralité de récits souligne à quel point l’affaire Blandin intéresse plus d’un observateur. Elle oblige aussi à tenir compte des violences faites aux femmes. « Dans les faits, 85 % des victimes sont des femmes et 6 auteurs sur 7 sont des hommes », fait remarquer Gwendoline Tenier, qui dès le début de l’affaire, a eu une intuition : « mon instinct me dit que Jérôme Gaillard […] n’est pas étranger à tout cela. Et ce n’est pas sa présence aux battues qui me convaincra du contraire. » Ce que montre Jusqu’au bout du serment, c’est aussi la solitude de la défense. Celle qui consiste à tenir une ligne, même quand elle dérange, même quand elle semble inaudible. Celle qui oblige à regarder autrement une figure que tout désigne comme coupable. Dans cette affaire, Monique Gaillard devient une énigme autant qu’un symbole : celui des zones grises que la justice n’a pas eu le temps d’éclairer.

Ce livre, né d’une rencontre dans le podcast Les Voix du crime sur RTL, s’inscrit dans la collection Polars Réels, mais il dépasse largement le récit criminel. Il touche à quelque chose de plus fragile. Il touche à l’essentiel : la place de l’avocat quand tout s’effondre, quand la procédure s’interrompt d’un seul coup, quand il ne reste plus que des hypothèses et des morts. En ce sens, il rend compte du travail invisible et de cette question qui demeure : que vaut une défense quand elle n’a pas lieu ?

 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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