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vendredi 23 février 2024
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INCENDIE DU PARLEMENT : TOUTE MA VIE, JE ME SOUVIENDRAIS DE CES ANGELOTS FONDANT DANS LES FLAMMES

Le Rennais Jean se souvient très bien de l’incendie du Parlement dans la nuit du 4 au 5 février 1994. Il livre son témoignage très précis. « Ce 4 février 1994, j’effectuais mon service national au sein de l’hôpital militaire d’Ambroise Paré, dans le bas de la place Sainte-Anne. J’étais un bidasse, un simple troufion de première classe et je surveillais les entrées et les sorties. Vers onze heures, des fourgons de pompiers arrivaient devant nos barrières. Mais comme « Ambroise » fermait ses portes, mes camarades et moi, nous avions ordre de refouler les gendarmes blessés… vers Pontchaillou. Quel temps perdu, me disais-je ! Au loin, je commençais à sentir cette odeur âcre des lacrymogènes, à entendre les sirènes.

À l’heure du déjeuner, j’espérais pouvoir me promener dans le cœur de la capitale bretonne. Mais nous avions comme consigne de rester sur place. Un uniforme, cela pouvait être une cible ! Je dus attendre la fin de la soirée pour me rendre dans le centre-ville avec un ami. C’était un spectacle de désolation avec partout des vestiges de la lutte entre pêcheurs, gendarmes et policiers. À terre, nous ramassions des restes de lacrymogènes et nous raclions notre gorge. Cette odeur âcre était là, omniprésente. En rentrant chez moi, je rencontrais un camarade étudiant. “Mon père (sommité préfectorale) est fou de rage”, m’expliquait-il. “Le ministre Édouard Balladur voulait à tout prix être reçu à l’ancienne préfecture au lieu de la nouvelle (boulevard d’Armorique). Tout cela aurait pu être évité.”

Le soir même, je retrouvais des amis dans un café du centre-ville (le pub Victoria). La manif était sur toutes les lèvres. Mais très vite, nous avons poursuivi notre tournée des grands ducs pour finir à l’Aventure. À cette époque, les bars de nuit étaient peu nombreux. Vers une heure du matin (je crois), je suis sorti du bar et, là tout de suite, je fus surpris par cette lueur orangée dans le ciel. Mes camarades et moi-même, nous avions l’impression d’être en plein jour ! Très vite, les effluves de l’alcool s’évaporèrent ! En empruntant la rue La Fayette puis la rue Nationale, je devinais l’incroyable : l’incendie du Parlement.

Mais j’avais du mal à imaginer encore l’ampleur de la catastrophe. Devant moi, à l’angle de la rue Nationale et du Parlement, je voyais les flammes sortir de la toiture. J’étais comme fasciné. Autour de moi, il y avait beaucoup de monde. Les gens regardaient l’impensable. Ils observaient le feu poursuivre son œuvre destructrice. Très peu parlaient. Pour ma part, je réussissais à me faufiler entre les témoins au moment où les anges commençaient à fondre sous l’effet de la chaleur. Je me souviendrais toute ma vie de cette scène. À côté de moi, une dame s’inquiétait pour sa fille, logeant dans un appartement de la rue Hoche. “Les pompiers ont peur de la propagation de l’incendie dans les immeubles voisins”, affirma-t-elle. “C’est leur préoccupation.”

Devant nous, le premier étage était en feu. Devant nous, les secours s’affairaient. Ils déployaient leurs lances. Le combat semblait inégal. Au milieu de la place, j’identifiais des élus, des officiels. Tous ces gens paraissaient bien tristes.. Je ne pensais plus du tout à poursuivre la fête. À côté de moi, en haut de la rue Edith Cavell, les Rennais étaient nombreux, très nombreux. Près de moi, je reconnais mon oncle et ma tante avec lesquels j’échangeais quelques mots. Mais très vite, je les laissais pour assister à l’embrasement de mon cher palais de justice devant lequel je passais pour me rendre au collège Anne-de-Bretagne. Je ne pouvais le quitter des yeux jusqu’au moment où enfin, je décidais d’aller me coucher.

Le lendemain matin, je retournais sur les lieux, après une nuit courte. En contrebas de la place, je restais de longues minutes devant cette triste scène dans une odeur prenante de brûlé. Autour de moi, c’était un silence de cathédrale. Les Rennais étaient éberlués, consternés. Le soir même, Edmond Hervé, maire de Rennes, passait sur une grande chaîne télévisuelle. J’éprouvais une certaine fierté que l’on parle de ma ville aux infos nationales. Bien maigre consolation… Durant des mois, je n’osais plus regarder mon parlement éventré, abîmé détruit par les flammes. » Pour voir les images de France 3 Bretagne.

 

 

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jean-christophe collet
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Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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