À Granville, où l’auteur de ces lignes était jeune journaliste, les débats municipaux étaient âpres, parfois piquants, mais toujours respectueux. Les candidats poussaient la porte du journal pour répondre aux attaques de leurs adversaires. Au fil de la campagne, les idées s’affrontaient dans les colonnes du journal. Les lecteurs cherchaient à comprendre les projets, appréciaient ces passes d’armes. La démocratie vivait!
À Rennes, rien de tel. Les candidats semblent éviter la confrontation. Chacun déroule son programme. Chacun avance à pas comptés, avec la crainte de la fausse note et du faux pas. Dans la capitale bretonne, pas de place aux débats vifs, aux échanges houleux ni aux bons mots. Pourtant, une campagne municipale est faite pour cela… Elle demeure le moment où l’on peut critiquer un projet, confronter des choix afin de forger l’opinion des électeurs.
Certes, Charles Compagnon (Horizons) réclame un débat avec la maire sortante, Nathalie Appéré. Mais l’élue refuse net. Tout juste accepte-t-elle deux émissions sur la chaîne publique France 3 et sur la télé municipale! Sauf qu’une campagne ne résume pas à deux face-à-face télévisés…, bien que vus par des milliers de spectateurs. La démocratie même municipale mérite bien mieux.
Celui qui ne connaît que son propre point de vue en sait peu sur ce sujet. » John Stuart Mill.
Autrefois, la politique s’assumait comme un art de la confrontation. On discutait, on répondait, on se contredisait. Aujourd’hui, la communication politique, baignée parfois dans une novlangue bien à propos, dit sans dire. Elle dilue les grands projets dans des brochures colorées où l’on en met plein la vue à ses futurs lecteurs, mais jamais à son adversaire politique. A Rennes, la politique est devenue un concept livré aux communicants. Elle se transforme en cet art où l’on ne dit rien contre son rival, pour éviter le retour de flammes.
Que l’on aimerait dans nos colonnes des passes d’armes hautes en couleurs et intelligentes ! Que l’on aimerait lire, dans nos pages, des échanges fermes et argumentés. ! C’est un rêve de démocratie pour sortir de cette campagne mollassonne. Car à force d’être terne, la politique finit toujours par désintéresser les électeurs…Une campagne sans confrontation est une démocratie qui parle à voix basse.


