Dix ans après la mort de Guillaume Molinet, survenue lors d’un essai clinique à Rennes, l’enquête judiciaire connaît un tournant majeur resté jusque-là discret, selon une information révélée par France Info. Le laboratoire pharmaceutique portugais Bial et le médecin responsable de l’essai sont mis en examen depuis le 28 juillet 2023 pour homicide involontaire et blessures involontaires au préjudice de quatre personnes, a confirmé le parquet de Paris.
En janvier 2016, Guillaume Molinet, 49 ans, artiste et père de famille, participe comme volontaire sain à un essai de phase 1 dans les locaux du centre privé Biotrial, à Rennes. Au départ, il est remplaçant. Mais il est finalement choisi au dernier moment. L’étude porte sur la molécule BIA 10-2474, développée par Bial, censée ouvrir des perspectives thérapeutiques dans de nombreuses pathologies neurologiques, dont la maladie de Parkinson et Alzheimer.
Après une première administration sans incident, tout bascule lors de la prise de la seconde dose. Guillaume Molinet présente rapidement des troubles de la vision et de l’équilibre. Il est transféré aux urgences, plongé dans le coma, puis décède le 17 janvier 2016 des suites d’une grave lésion cérébrale. Quatre autres volontaires, issus de la même cohorte, sont hospitalisés. Ils survivront, mais avec des séquelles neurologiques durables.
À l’époque, le drame provoque une onde de choc. Mourir lors d’un essai clinique, censé être strictement encadré, reste exceptionnel. Pour la famille Molinet, l’incompréhension est totale. Son frère, Laurent, rappellera à plusieurs reprises que Guillaume était en parfaite santé. « Il était sportif, sans pathologie connue, et il s’était renseigné avant de s’engager », répète-t-il de nombreuses fois.
L’instruction judiciaire, ouverte dès juin 2016 par le pôle de santé publique du parquet de Paris, s’est révélée longue et complexe. Des commissions rogatoires internationales ont été menées dans plusieurs pays afin d’analyser l’ensemble des données précliniques, notamment les tests réalisés sur les animaux. L’objectif était de déterminer si la molécule avait déjà provoqué des lésions cérébrales avant d’être administrée à des volontaires humains.
Au cœur du dossier figure aujourd’hui un rapport d’expertise judiciaire particulièrement sévère. Selon l’avocat de la famille Molinet, ce rapport décrit une molécule aux objectifs thérapeutiques flous, administrée à des doses très supérieures à l’effet recherché. Il pointe également des incohérences, voire des dissimulations de données, dans le protocole présenté aux autorités. Surtout, les experts établissent un lien direct entre la prise de la molécule et le décès de Guillaume Molinet, écartant toute autre cause médicale.
Ces conclusions sont contestées par le laboratoire Bial, qui affirme que malgré de nombreuses études, la cause exacte de l’accident reste inconnue et imprévisible. Le groupe assure avoir toujours coopéré avec la justice. « Plusieurs volontaires ont été indemnisés dans le cadre des procédures légales », explique l’entreprise en substance. Pour l’heure, un demande de complément d’expertise retarde encore la perspective d’un procès. Ni Biotrial, ni l’Agence nationale de sécurité du médicament, ni le CHU de Rennes ne sont, à ce stade, mis en cause. Ce lundi 19 janvier, la famille a tenu une conférence de presse à Paris.


