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mardi 9 juin 2026
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AESH en colère : « On nous méprise, et on se moque aussi des enfants »

Devant le rectorat, rue d’Antrain, ce 30 septembre, des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) laissent éclater leur colère, leur mécontentement. Entre licenciements en série (24 programmés), salaires précaires et extension de leurs zones d’affectation, leurs témoignages dressent le portrait d’une école inclusive à bout de souffle.

Séverine Tessier.

« Dégoût, travail inachevé, mépris total »

Le visage grave, Séverine Tessier, AESH depuis six ans, résume son état d’esprit après avoir appris son licenciement. « C’est un sentiment de dégoût, de travail inachevé, d’investissement permanent… et de mépris total. J’ai décidé de ne pas signer l’avenant à mon contrat, je ne cautionne plus ce système. » Ce refus lui vaut d’être rayée des effectifs. L’avenant imposé élargissait considérablement sa zone d’intervention. « Je couvrais déjà plusieurs établissements, avec cette nouvelle répartition, je passais à plus de 40. Des trajets de plus de 40 km, sans indemnité kilométrique, sans prime… pour toujours 980 € net par mois. »

Devant les grilles de l’Académie, l’employée raconte l’impossible équilibre de son métier. « On nous demande d’accompagner trois enfants, parfois huit, en même temps. Mais je ne peux pas me dédoubler. Et côté formation, c’est zéro. On a eu 60 heures à distance pendant le Covid, et c’est tout. » Surtout, elle dénonce une inclusion au rabais. « Les élèves ont des droits notifiés par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées d’Ille-et-Vilaine), mais elles ne sont pas respectées. Ce n’est pas de l’inclusion, c’est une perte de sens. Nous aussi on souffre, et les enfants le sentent. »

Elles ont jeté l’éponge », Justine Marti. 

Pour Justine Marti, secrétaire départementale de Force Ouvrière, la racine du problème s’appelle PIAL (pôle inclusif d’accompagnement localisé). « Avant, une AESH suivait un ou deux élèves. C’était un accompagnement de proximité, de qualité. Aujourd’hui, avec les PIAL, tout est mutualisé. On leur demande de s’engager auprès de cinq, six, parfois onze enfants. » Conséquence : « Un élève qui devait avoir 18 heures d’aide tombe à neuf, six, parfois une heure par semaine. Une heure ! Et on considère qu’il est accompagné. Ça ne ressemble à rien. Les élèves sont privés de leurs droits. »

Les zones d’affectation se sont élargies au point de devenir absurdes. « Le PIAL de Redon, c’est 70 km d’un bout à l’autre. Le rectorat parle d’une règle de courtoisie mesurant les déplacements à 20 km. Mais cette règle n’existe pas dans les textes. En réalité, ils peuvent envoyer les AESH où ils veulent. » À cela s’ajoute la précarité des contrats, limités à 62 % du temps complet, pour un salaire moyen de 960 à 1 000 euros. « C’est la goutte d’eau. Elles n’en peuvent plus. Elles ont jeté l’éponge », résume la syndicaliste.

Ce n’est pas une inclusion, c’est une perte de sens », une AESH.

La tension a atteint son comble avec l’annonce du licenciement de 24 AESH pour refus de signer l’avenant. Chargée d’organiser cette procédure, l’instance consultative, censée durer toute la journée, a expédié l’affaire en deux heures. « Une longue litanie de noms », raconte une représentante syndicale. « C’était au pas de course. » Pour le rectorat, ces licenciements seraient « des choix des collègues », puisqu’elles ont rejeté la modification de leur contrat. Mais pour les intéressées, il s’agit d’une mise à la porte déguisée. « On pousse les AESH à partir, et en même temps on annonce 89 équivalents temps plein recrutés à l’échelle de l’académie », dénonce Justine Marti. « C’est une rotation permanente de personnels précarisés. »

Séverine Tessier en témoigne avec émotion. « Lors de l’entretien préalable au licenciement, on a demandé la grille de calcul des indemnités. On nous a dit qu’on nous l’enverrait. Dix jours après, rien. On ne nous écoute pas. » Derrière les chiffres, il y a la réalité des salles de cours. « On se retrouve avec des élèves qui explosent, littéralement », raconte Justine Marti, également professeure. « Le gamin qui soulève les tables, qui jette les chaises… On doit évacuer la classe. L’AESH reste seule face à un enfant violent et dangereux. »

Séverine Tessier confirme le témoignage. « J’ai vu des crises de violence où il fallait sortir toute la classe. On n’est pas formés pour ça. On fait comme on peut. » Ces difficultés sont aggravées par le manque de places dans les établissements spécialisés (IME, ITEP). « Dans le 35, on estime que 1 200 enfants devraient être en structures adaptées. Faute de place, on les envoie dans les classes ordinaires. Tout le monde est en souffrance », déplore Justine Marti.

« Trois heures d’accompagnement par semaine, c’est contre-productif. On n’a pas le temps de créer une relation de confiance. C’est juste pour calmer les familles », fustige une AESH.

Interrogé par les syndicats, le représentant académique, aurait justifié ainsi les affectations lointaines. « Si un élève est tout seul à 40 km, il faut bien qu’il ait quelqu’un. » Toutes et tous le disent : l’école inclusive telle qu’elle est appliquée aujourd’hui est une façade. « On fait semblant. On coche des cases. Mais ce n’est pas de l’accompagnement », tranche Justine Marti. Séverine Tessier, elle, a choisi de tourner la page. « Je ne reviendrai pas sur ma décision. Je ne cautionnerai plus ce système. L’idéal, ce serait que chaque enfant bénéficie du nombre d’heures d’AESH notifiées par la MDPH. Là, on aurait une vraie aide, digne de ce nom. » Reste à savoir si l’institution entendra enfin ces voix qui, depuis des années, réclament reconnaissance et respect.

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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