Le 4 novembre 2019, la vie de Grâce Lochin, une étudiante de 22 ans, s’est tragiquement arrêtée sur la chaussée. Elle était percutée par un camion-benne à Rennes, au niveau du carrefour de l’avenue Patton et du boulevard d’Armorique. Quelques jours après ce drame, une cérémonie était organisée pour rendre hommage à la jeune femme, sur les lieux de l’accident (voir notre article).
En mai 2022, la justice a mis en examen Rennes Métropole et le chauffeur pour homicide involontaire. Elle reprochait notamment à la collectivité d’avoir négligé la sécurité de ses pistes cyclables et d’avoir contraint les cyclistes à effectuer des manœuvres dangereuses. « La configuration de la piste, associée à la faible largeur des autres voies, est un véritable piège pour les deux roues. Elle a joué un rôle prépondérant sur la réalisation de ce tragique accident », indiquait un rapport d’expertise.
Aucune faute d’imprudence, de négligence, ou d’inattention ne peut être reprochée au conducteur », estime le magistrat instructeur.
Après une attente qualifiée « d’insupportable » par le père, le juge d’instruction a prononcé un non-lieu pour le chauffeur du camion ainsi que pour Rennes Métropole. Il a rejeté toute responsabilité pénale. Depuis cette décision, la mère de Grâce ne cache pas sa colère. « Ce non-lieu, c’est comme si on tuait Grâce une deuxième fois. Elle est morte pour rien. »
Fermement résolus, le père et la maman ont fait appel de la décision devant la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Rennes. « Ce n’est pas terminé, loin de là. Si on poursuit la procédure avec mon avocate, maitre Bouillon, c’est bien parce qu’il y a encore de l’espoir. Je n’ai aucune date pour l’instant, je ne sais pas quand les magistrats rendront leur délibération, mais je me battrai jusqu’au bout. »
Ce carrefour était un piège mortel. Ça faisait dix ans que la mairie n’avait rien fait. » la maman.
Devant ce drame, la maman n’est pas seule. « J’ai la chance d’avoir des amis cyclistes et des associations avec moi. » Devant la justice, elle se bat pour sa fille. « Grâce a sauvé des vies », affirme Anne Bagros, en référence aux marquages au sol et aux aménagements effectués après la mort de sa fille. « Grâce aurait voulu cela. Elle aurait souhaité épargner des funestes destins. Mais à quel prix ? Elle, elle n’a pas eu la chance de survivre. »
Au-delà de l’indignation personnelle, la mère souhaite éviter d’autres tragédies. « Ils ont eu les moyens financiers pour sécuriser cet endroit. Mais ils ne l’ont pas fait. Et maintenant, on me dit que les travaux n’auront lieu qu’en 2025… Jusque-là, combien de vies seront encore en danger ? » Le lundi 16 septembre 2024, Valérie Faucheux, adjointe à la mairie de Rennes, a annoncé un projet d’aménagements du carrefour de l’avenue Patton, où s’est déroulé l’accident. Malgré la douleur immense, la mère ne compte pas baisser les bras. « Ils ont tué Grâce une première fois sur cette route, et maintenant, ils lui crachent dessus avec ce non-lieu», précise-t-elle. «Il faudra qu’ils me mettent à terre pour que j’arrête. »


