Agé de 52 ans, Jean-Baptiste Besnard, domicilié au 55 rue Paul Féval, était distillateur à Saint-Grégoire à Launay-la-Plesse. Le 28 septembre 1921, il met le feu à sa distillerie et deux jours plus tard, il reconnait les faits. Mais à trois reprises, l’inculpé donne des versions différentes. « Il y a eu de nombreuses descentes de justice, de multiples confrontations, d’innombrables interrogatoires », explique le journaliste de l’Ouest-Eclair.
Manifestement, son incendie avait été préparé pour se venger de son propriétaire. « Trois mèches d’amadou de 4 m10, de 2m10 et 2 m50 avaient été disposées sur des lattes puis allumées. Elles convergeaient vers un gobelet qui avait été rempli et que surplombaient des bottes de paille adroitement agencées. «
Face aux 22 témoins, Jean-Baptiste Besnard, réputé chicanier, hargneux et de moralité mauvaise, fait face. Il tergiverse, biaise, ergote et apporte des explications nouvelles. Au moment du verdict, l’homme trapu, portant barbiche et cheveux blancs, semble ramassé sur lui-même. « Je suis innocent », crie-t-il et d’un geste rapide, il tire un couteau de table la main droite de sa poche et tente de se suicider en se tranchant la gorge.
« En attendant le docteur, on a trouvé le moyen de tenir le blessé tranquille », raconte Ouest-Eclair. « Les gendarmes lui ont fait glisser les manches du paletot en arrière, lui immobilisant ainsi les bras et il regarde l’assistance en trouvant des yeux furibonds. » A l’arrivée du médecin Huchet, la plaie est lavée et la blessure, finalement superficielle, soignée. Quelques minutes plus tard, les bras maintenus par deux gendarmes et un troisième gardien lui maintenant les épaules, Jean-Baptiste Besnard entend sa condamnation à cinq ans de réclusion. « Je ne survivrai pas », crie le condamné. « Avant trois jours, je serai mort. »


