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lundi 8 juin 2026
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 Le blogueur Mirzali contre les barbouzes de Bakou : les plaidoiries débutent au Parlement

Après près de deux semaines de débats devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine, le procès de la tentative d’assassinat de l’opposant politique azéri Mahammad Mirzali entre dans sa phase décisive. Dès ce lundi, les avocats de la partie civile plaideront, avant les réquisitions du parquet général puis les plaidoiries de la défense. Derrière ce dossier hors norme examiné à Rennes : une violente attaque au couteau à Nantes, un réfugié politique devenu cible présumée d’un réseau international et huit accusés renvoyés devant les assises.

Le procès s’apprête à changer de ton. Après des jours d’interrogatoires, d’expertises, de témoignages policiers et de récits parfois glaçants, la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine entre désormais dans le moment le plus attendu du procès Mirzali : celui des plaidoiries. Lundi, les avocats de Mahammad Mirzali, partie civile, prendront la parole avant les réquisitions du ministère public. Puis viendra le temps de la défense, mardi et mercredi, avant les dernières déclarations des accusés et le délibéré. Selon le calendrier prévisionnel communiqué par la cour, la décision pourrait intervenir jeudi.

Le 14 mars 2021, Mahammad Mirzali, opposant politique azéri installé à Nantes après avoir fui son pays, est violemment agressé au couteau et au cutter. Ce jour-là, le blogueur, très actif sur les réseaux sociaux, échappe de peu à la mort. Les blessures sont graves. L’homme survit, mais l’affaire prend rapidement une ampleur hors norme. Selon les investigations et l’acte d’accusation, cette attaque ne relèverait pas d’une agression isolée, mais d’une opération organisée visant un homme devenu extrêmement critique envers le pouvoir de Bakou.

Car Mahammad Mirzali n’est pas un opposant ordinaire. Très suivi sur YouTube et Facebook dans son pays d’origine, il s’est fait connaître pour ses vidéos dénonçant la corruption, les dérives autoritaires et le fonctionnement du régime azéri. Réfugié politique en France, il vivait sous pression depuis plusieurs années et recevait des menaces répétées. À la barre, durant le procès, le blogueur est revenu sur ce quotidien marqué par la peur. Face aux jurés, il a décrit un homme vivant avec l’idée permanente qu’une attaque pouvait survenir. À tout moment. Son témoignage, parfois tendu, a rappelé combien cette affaire dépasse le seul cadre pénal pour toucher à la question de la protection des dissidents politiques réfugiés en Europe.

Selon le dossier judiciaire, plusieurs hommes auraient été envoyés depuis l’Azerbaïdjan pour le tuer. L’accusation évoque une organisation structurée et des soutiens logistiques répartis entre Nantes, la région parisienne et même l’étranger, notamment la Hongrie. Plusieurs personnes auraient assuré hébergement, déplacements, repérages ou assistance aux exécutants présumés. Après l’échec de la tentative de meurtre, certains suspects auraient fui à travers plusieurs pays européens. L’affaire ne s’arrête d’ailleurs pas à l’attaque de mars 2021. Une nouvelle tentative aurait été déjouée en juin 2022, impliquant notamment l’un des hommes déjà soupçonnés dans la première opération. Un élément qui, pour l’accusation, tend à démontrer une volonté persistante d’atteindre l’opposant politique.

Au total, huit accusés comparaissent devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Tous ne sont pas poursuivis au même niveau, mais les qualifications pénales sont lourdes : tentative de meurtre en bande organisée, complicité de tentative de meurtre en bande organisée ou participation à une association de malfaiteurs en vue de la commission d’un crime. Certains encourent la réclusion criminelle à perpétuité, d’autres jusqu’à dix ans d’emprisonnement.

Pendant près de deux semaines, le procès a multiplié les éclairages techniques et humains. La cour a entendu enquêteurs, experts médicaux, spécialistes, proches et témoins. Les débats ont aussi permis de revenir longuement sur les déplacements des accusés, leurs échanges téléphoniques, leurs liens supposés et la chronologie minutieuse de l’agression. Le dossier est massif : 19 tomes de procédure, 31 témoins et experts cités, 14 jours d’audience prévus, sans compter les nombreuses pièces versées au dossier. Une douzaine de journalistes étaient accrédités avant même l’ouverture des débats.

Mais c’est bien à partir de lundi que les jurés devront commencer à se forger une conviction globale. Les avocats de Mahammad Mirzali chercheront à démontrer qu’il existait un projet criminel structuré visant un opposant politique clairement identifié. Le parquet général prendra ensuite position sur les responsabilités pénales de chacun et sur les peines qu’il estime adaptées. Face à eux, les avocats de la défense tenteront de déconstruire le scénario de l’accusation. Certains pourraient contester l’existence même d’une organisation criminelle coordonnée, d’autres chercher à relativiser l’implication de leurs clients dans un dossier où tous les accusés n’auraient pas joué le même rôle. Au fond, une question traverse tout le procès : la France a-t-elle été le théâtre d’une opération organisée contre un opposant politique étranger ? 

jean-christophe collet
jean-christophe collet
Lancé par le journaliste Jean-Christophe Collet en 2012/2013, www.rennes-infos-autrement.fr devient un site d’informations en 2015 et est reconnu comme site d’informations en ligne par le ministère de la Culture et de la communication.

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