Nicolas Beillard incarne une nouvelle génération de commerçants. Depuis décembre 2024, il a racheté une cave vieillissante à La Bouëxière (Ille-et-Vilaine) pour la transformer en un lieu de vie à part entière. Entre bar, cave et repaire d’amateurs, « Sourire de Vigne » est devenue une adresse incontournable.
En s’installant au 2 place de l’Europe, face à la mairie de La Bouëxière, Nicolas reprend un commerce en perte de vitesse. « J’y suis allé au culot. Je ne savais même pas si l’ancien propriétaire voulait vendre. Et là, il me dit direct : je vends », explique-t-il. Sans plan marketing, sans business plan, le trentenaire a une bonne intuition, une envie solide et une expérience pointue. Mais le défi est de taille (et on ne parle pas de vignes !). « Le précédent propriétaire n’avait pas développé la partie bar alors qu’il avait une licence 4… »
À la Bouëxière, Nicolas ne vient pas les mains vides. Avec dix ans d’expertise dans le vin, un réseau de producteurs, il a créé un lieu vivant, à mi-chemin entre la cave de quartier, le bistrot de copains, et le refuge d’amateurs curieux.
Du vin, du vrai, du vivant
Chez lui, la sélection est le nerf de la guerre. Il connaît ses vignerons, ses brasseurs, ses distillateurs. Il en parle comme on parle de vieux amis. « J’ai bossé dans plusieurs caves, j’ai monté ma boîte de négoce. J’ai fait les salons, j’ai visité les domaines, j’ai trinqué avec les producteurs. Alors forcément, j’ai un carnet d’adresses. »
Du vin et du vivant
Depuis sa réouverture, le Sourire de Vigne affiche aujourd’hui près de 300 références viticoles, toutes choisies avec soin, majoritairement bio ou parfois nature — mais toujours stables. Au-delà des tendances, Nicolas mise principalement sur l’écoute du client. Il ne vend pas, il conseille. « Je ne suis pas là pour vendre la bouteille à 30 euros si le client veut en mettre 10. Je respecte les budgets. Je souhaite que les gens se sentent bien ici. Je les tutoie tous, comme des potes. »
Grâce à cette approche décontractée, mais experte, le caviste fait mouche en proposant des découvertes et en sortant des sentiers battus. « Je sais glisser un vin orange ou un persan de Savoie… et là, ça fait tilt. » Mais ce qui distingue vraiment « Sourire de Vigne » c’est l’animation du lieu. Le bar, devenu central, attire une clientèle hétéroclite : trentenaires en quête de craft beers, couples de retraités, familles entières. « Le vendredi soir, c’est la fête. Le jeudi aussi, de plus en plus. Ce qui est génial, c’est la mixité. Sur la terrasse, des enfants courent, des grands-parents boivent un canon, des jeunes qui goûtent une IPA à 8°. »
Avec bientôt un apprenti pour aider au service les soirs d’affluence, Nicolas fait un tabac. « C’est devenu un rendez-vous où l’on rigole, discute et déguste. » Loin des sentiers battus, Nicolas a fait de la déco de son établissement un endroit à part. Meubles sur mesure, fabriqués par des membres de sa famille, fauteuil en bouchons de liège, comptoir retapé, rien n’est là par hasard. « Cela sent le bois, le vin, le vrai. » La cave est ouverte du mardi au samedi, avec des horaires larges (jusqu’à 19 h 15 en semaine, et parfois 23 h le vendredi). Le matin, certains viennent même pour un café. Si La Bouëxière n’est pas encore une destination touristique, elle peut compter sur Nicolas pour changer la donne. « Je connaissais la commune, mais pas cette qualité de vie. Ici, tout le monde se connaît. Il y a une vraie énergie. Beaucoup d’artisans, de chasseurs, de familles, de petits commerçants. Pas de grosses boîtes, mais une âme. »
Installée sur une place passante — kebab, coiffeur, épicerie fine, fleuriste — la cave bénéficie aussi de cet écosystème local qui attire les curieux. Certains viennent même de Rennes, séduits par la rumeur d’une cav pas comme les autres. Nicolas réfléchit aujourd’hui à développer un site internet, des soirées thématiques, des partenariats avec des brasseries régionales. Il échange déjà avec de petits producteurs du coin. « J’ai envie de mettre en avant les viticulteurs qu’on ne voit pas chez Carrefour. Des professionnels comme Game Over à Toulouse, ou Cantillon en Belgique. Je ne veux pas faire de volume pour faire du volume. Je souhaite faire du bon et du goût » 2 place de l’Europe, 35340 La Bouëxière. 02 21 86 89 65


